Les 8 moyens du Raja-Yoga

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Références courantes dans le texte : Modèle PEMS et Pyramide des 8 moyens

Sommaire :

LIVRE : Les 8 moyens du Raja Yoga

Les sûtras de Patanjali à la lumière du troisième millénaire via une approche pragmatique

L’objectif  du livre « Les  8 moyens du Raja Yoga » est d’offrir la possibilité à tous les yogis de pouvoir intégrer le Raja Yoga dans leur pratique.

L’objectif du livre « Les huit moyens du Raja Yoga » est d’offrir la possibilité à tous les yogis de pouvoir intégrer le Raja Yoga dans leur pratique.

Pour cela le livre re-contextualise les écrits multi-millénaire de Patanjali, les Yoga Sutras, afin de donner des clefs et de mettre en évidence les enjeux et les moyens.

Bien sûr il est inspiré des célèbres sûtras de Patanjali.

A découvrir, en livre papier (15€) ou kindle (3€) sur Amazon.fr >> amzn.to/2mCBBCx

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Cet ouvrage expose des opinions, il ne s'agit pas ici de vérités universelles. Aussi, utilisez toujours votre discernement par rapport à ces textes. Vous avez un Libre Arbitre, alors utilisez-le pour prendre ce qui est écologique et structurant pour vous et oublier le reste.

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En France, le cadre de la pratique médicale est très réglementé. Personne ne peut prescrire de médicaments, recommander des traitements, modifier ou recommander l'abandon d'un traitement, donner un avis médical ou même poser un diagnostic médical sans être un professionnel de la santé diplômé des universités, bref un docteur. C'est donc aux aspects énergétique et spirituel de l'homme - complémentaire à la médecine classique - , que s'adressent les démarches et réflexions de ce livre.

Rappel: L'exercice illégal de la médecine est interdit.

Copyleft de la version Web

Licence GNU GPL dite CopyLeft (2018).

Paternité: Mouvement Ethérapie

Version papier : ISBN 978-0-244-69254-4

La version Web est la v1.0, celle en livre papier est la v2.0. Le contenu est le même, mais il y a eu une relecture complète au niveau de la forme (fautes, coquilles, lourdeurs, ...).

Cette version Web existe afin que l'information puisse être accessible à tous les yogis francophones.

CopyLeft => TOUS LES PROF. DE YOGA peuvent piocher ce qui les intéresse dans cet ouvrage numérique et l'intégrer "à leur sauce", à leur manière, dans leur démarche pédagogique.

Yogi et non-yogis, n'hésitez pas à utiliser ce livre comme une ressource libre de droit.

4ème de couverture du livre

Les 8 moyens du Raja Yoga :

La maîtrise de l'Ego, le chemin de l'Eveil c'est-à-dire la pleine conscience de ce qui est, nécessite d'arpenter le chemin. Chemin que le Raja Yoga a balisé il y a plus de 2500 ans...

L'objectif de cet ouvrage est de présenter cette voie de connaissance de soi qu'est le Raja Yoga, cette voie spirituelle oubliée.

Livre inspiré des et par les sûtras de Patanjali

Le Raja Yoga est connu sous le nom de : "Yoga Royal". Avec une telle appellation cela n'aurait pas du passer inaperçu. En réalité il est très peu diffusé et pratiqué.

L’objectif du livre « Les 8 moyens du Raja Yoga » est d’offrir la possibilité à tous les yogis et non-yogis de pouvoir intégrer le Raja Yoga dans leur pratique.

Les non-yogis auront plus de mal à rentrer dans cette philosophie, ce chemin spirituel, mais, comme tous les termes sont expliqués de façon simple, l'ouvrage reste accessible au plus grand nombre.

C'est à la partie opérationnelle du Raja Yoga, aux huit moyens, qu'est dédié ce livre. Re-contextualisé pour un lecteur en quête d'un cheminement spirituel vers la libération de l'Ego, les huit moyens sont clairement expliqués.

La partie posture n'est pas incluse dans l'ouvrage, mais fait l'objet d'un ouvrage déjà paru sous le titre "Le mémento de la Vie no-stress" également en ligne gratuitement sur ce même site (sous-menu Livres : Vie no-stress).

www.etherapie.fr

Version livre papier de l'ouvrage

NB: Nous avons fait le choix de ne pas mettre d'accent sur les translittérations indiennes. Ces accents aident à la prononciation que vous retrouverez, ainsi que les accents, sur Tilakpyle.com

Introduction

Le Raja Yoga est principalement connu à travers les sutras de Patanjali comme un système philosophique et spirituel basé sur la méditation. L'objectif de ces pages est de replacer le Raja Yoga comme un outil de développement personnel intégratif et transpersonnel.

Prologue - Historique

Dans la Bagavad Gîta, le récit sacré pour un milliard d'Hindous, Dieu s'adressant au héros, lui parle en ces termes :

"Quand règnent l'irréligion et les vices, je m'incarne et enseigne aux hommes le Raja Yoga".

De ce fait, le Raja Yoga (littéralement Yoga Royal) a de tout temps été considéré comme une forme extrêmement élevée de yoga. Si l'on se remet dans le contexte historique, pratiquer le Yoga plusieurs heures par jour et pouvoir payer les cours du Maître, nécessitait une certaine richesse. Les yogis de très haut niveau issus du peuple étaient donc rares et avaient tous un potentiel suffisamment élevé pour que le Maître les enseigne, voire les embauche. Toujours dans ce contexte historique, on conçoit que la survie soit l'objectif prioritaire pour la plupart, le "développement personnel" restant un luxe que peu pouvaient envisager. Évidement plus de deux mille ans plus tard, les conditions ont changées, surtout dans les pays fortement industrialisés comme la France. Le développement personnel fait même officiellement partie de la stratégie de performance de certaines entreprises. Il est donc logique que le Raja Yoga puisse être diffusé et utilisé par tous ceux qui peuvent y consacrer du temps (1h par jour) et qui ont l'envie d'évoluer sur le chemin de l'humanisme, de la conscience.

Si le visuel médiatique "yoga" est souvent une posture de Hatha Yoga, les personnes un peu familières avec l'Inde savent qu'il existe une grande variété d'autres yogas populaires. Le Yoga ne saurait être réduit au seul plan corporel (exercices physiques). Le but de tous les yogas qui s'inscrivent dans la longue tradition de recherche spirituelle indienne, est avant tout, de transcender la conscience normale au profit d'une conscience différente qui puisse comprendre la véritable nature du "Soi". Au cours des deux mille dernières années, de nombreux courants de yoga issus du Raja Yoga se sont formés. Ils s'appuient tous sur cet objectif spirituel, mais ont privilégié une porte d'entrée particulière, une voie.

Les principaux Yoga

Le fait que le Raja Yoga ne privilégie aucune de ces voies, nous fait dire, dans notre vocabulaire humaniste moderne, qu'il est "holistique" ou "intégratif" (il y a cinquante ans, on disait "royal" ou "intégral"). Voyons rapidement ces principaux courants ayant marqués l'histoire du Yoga:

Bakhti Yoga: ou yoga de la dévotion. Cette approche nous renvoie à la signification en sanskrit du mot yoga, yug signifiant lien (ou joug) , l'équivalent de re-ligere (=relier), étymologie du mot religion. Il s'agit de se tourner dans une démarche d'amour et d'humilité vers le mystère qui nous entoure. C'est la voie du cœur, de la foi, le Raja Yoga l'intègre, mais présuppose qu'elle n'est directement accessible que par de rare élus.

Karma Yoga: ou yoga de l'action, de l'incarnation. Méditer (être en yoga) aux seuls moments que nous nous assignons dans notre emploi du temps journalier, est-ce la vie? Ne devons-nous pas être capable de maintenir et de manifester cette conscience élevée, alors même que nous sommes investis dans l'action, que nous marchons, parlons, mangeons, jouons etc. ? Pour le Raja-Yoga, incarner la spiritualité dans la matière est un objectif à long terme très difficile quand on commence.

Sanyas Yoga: yoga de la renonciation, du non-attachement. L'adepte de ce yoga se détourne de tous les biens et conforts matériels et recherche la vérité à travers une vie d'ascèse et de dépouillement. Le Raja Yoga précise que les véritables renoncements sont avant tout du domaine du mental, lié à l'Ego (mot moderne qui n'existait pas il y a quelques siècles encore): on peut vivre dans une jungle ou un désert et rester tourmenté par les désirs et les tentations. En Raja Yoga, comme en bouddhisme ou en taoïsme, il s'agit de trouver un juste milieu, sans austérité inutile ni confort excessif.

Buddhi Yoga: yoga de l'intelligence active. Ayant la même racine que Bouddha, ce yoga propose d'utiliser efficacement les facultés spirituelles de notre esprit pour la réalisation de soi, pour la mise en conscience. La Bhagavadgita traite en détail du concept de Buddhi Yoga, mais cette approche est bien sûr intégrée dans le Raja Yoga, le premier devoir du Raj Yogi étant de penser par lui-même et de ne pas se laisser penser par les autres. L'intelligence dont il est question ici est ancrée dans la vie, active (non figée par des écrits), intégrant aussi le bon sens! Atteindre l'état d'équanimité, la non-dualité, est l'objectif, ensuite l'action désintéressée comme le libre arbitre deviennent possible.

Gyana ou Jnana Yoga : yoga de la connaissance. Il est souvent compris comme celui de l'étude des textes sacrés, mais c'est avant tout un yoga intellectuel discursif et modélisant. Le gyana yogi ou jnânin cherche, en interne, la réponse à la question: "Qui suis-je?" et en externe la compréhension de "Ceci est". Comme en Raja Yoga, on cherche à sortir de l'illusion (maya) et de l'ignorance (avidya) grâce à la discrimination (viveka), mais ici sans l'aide de l'inspiration divine ou de la connexion à quelque chose de plus grand que soi. C'est donc une voie extrêmement élitiste où le plus grand piège, en occident, est celui de tomber dans l'Ego.

Hatha Yoga: yoga de la maîtrise du corps, des organes et des sens. Le plus connu en occident, il est basé sur la pratique statique ou en mouvement de postures physiques dites asanas. La respiration a également un très grand rôle. Le Raja Yoga intègre bien sûr la nécessité d'exercices corporels en conservant le but et l'objectif de cette discipline qui est " la santé et la conscience du corps".

Si vous êtes intéressé par les vraies racines du Yoga postural dit Hata Yoga, il y a les deux excellents livres de Mark Singleton :

Actuellement, si vous allez sur un site de Yoga, vous y trouverez bien d'autres appellations comme: Ashtanga Yoga, Vinyasa Yoga, Iyengar Yoga, Kundalini Yoga, Yin Yoga, Acro-yoga, Bikram Yoga, Fly Yoga, Yoga Nidra, ... Pour faire simple, il s'agit de variantes du Hatha Yoga.

Dhyana Yoga: yoga de la méditation. Si ce yoga ne semble pas apparaître sur la représentation en fleur ci-dessus, c'est tout simplement parce qu'il est inclu dans "Raja Yoga". En effet, historiquement, en occident, le Raja Yoga n'a pas eu son heure de gloire. Aussi vers 1950, quand certains ont voulu le relancer, ils ont mis en avant la méditation. Comme vous le découvrirez au fur et à mesure de la lecture, les sutras de Patanjali donnent peu d'indications techniques sur les six aspects vus ci-dessus (les six pétales). En revanche, il détaille complètement le processus de méditation en faisant la différence entre concentration, contemplation, méditation avec semences et illumination. Aussi, le Raja Yoga est-il devenu dans les médias le cheminement vers l’union par la méditation, ou Dhyana Yoga.

Essence des différents yogas, le Raja Yoga, cette ancestrale technique de réalisation de soi, devient en fait un outil de développement personnel singulièrement bien adapté aux besoins et exigences de l'homme moderne. De plus, le fait que Dhyana et Zen signifient tous deux contemplation, méditation, résonne très fort par rapport au courant actuel "MindFulness" (méditation athée de pleine conscience), et renforce cette ré-émergence du Raja Yoga.

L'ensemble des écrits qui suivent a pour but de proposer une version ré-actualisée et re-contextualisée des célèbres aphorismes du Raja Yoga, les Sutras de Patanjali.

Qu'est-ce que le Yoga holistique?

Le Raja Yoga ou Yoga holistique n'est pas le nom d'une gymnastique ou d'un sport indien, non, le mot YOGA signifie UNION. Ce sens vient de la racine sanskrit "yuj" qui se décline elle-même en "yugir yoge", être uni à et "yuja samadhau", arrêter la cogitation, arrêter les fluctuations du psychisme. Reprenons ces deux facettes du Yoga qui mettent bien en évidence que c'est une voie spirituelle:

    • Dans la culture hindoue, il faut entendre "union" non pas seulement comme unir, rassembler ses idées voire même de réunir son corps et son psychisme. Non, plus loin que l'union corps-esprit, il faut y voir l'union Corps-Ame-Esprit, l’union du "jivatma" et du "paramatma", de notre "âme individuelle" à une "âme universelle". Un tout autre sens plus spirituel, métaphysique dans la mouvance Transpersonnelle.

    • Le second sens est: "arrêt" et désigne un état dans lequel il y a arrêt des pensées périphériques, des fluctuations mentales, et du jeu des émotions. En terme moderne, on pense tout de suite au modèle de l'Ego, qui est la structure mentale qui crée des pensées parasites inutiles et des réactions émotionnelles disproportionnées. La deuxième facette du Yoga est donc de calmer l'Ego.

Dans la même idée d'analyse du terme sanskrit "yoga", on peut encore élargir sa signification:

      1. action d'atteler ou de s'atteler à

      2. méthode pour dresser les chevaux (l'Ego dans notre cas)

      3. mode d'emploi, technique

      4. discipline spirituelle

      5. Raja Yoga au sens holisitique

      6. Hatha Yoga au sens des postures ou asanas

      7. état d'union ou d'unité de l'être subjectif avec le Suprême (selon Shri Aurobindo)

On voit donc que le yoga peut être à la fois une méthode, un moyen, et un but. Et comme nous l'avons vu ci-dessus, un but à deux facettes complémentaires:

    • Eveil de la pleine conscience ou union de l'âme individuelle avec l'Esprit universel

    • Maîtrise sans violence de l'Ego ou mise en place d'un mode de pensée non-duelle.

On retrouve ce but dans les deux premiers sutras de Patanjali, dont voici la version la plus occidentale, celle de Maître D.K.:

    • I.1. AUM (OM), l'enseignement suivant concerne la science de l'union.

    • I.2. Cette union, ou Yoga, s'accomplit par la sujétion de la nature psychique et la maîtrise de la chitta (ou mental ou cerveau-gauche).

A tout moment, lors de la pratique de n'importe quel moyen du Raja Yoga, il sera important de se souvenir que l'objectif est l'UNION Corps-Ame-Esprit et non la souplesse du corps, la maîtrise de la respiration, la bonne santé... même si tous ces éléments font bien sûr partie des conséquences de la pratique.

Contexte

Contexte et Recontextualisation...

Comme il existe déjà de très nombreuses traductions et interprétations des Yoga-Sutras de Patanjali, il est important de bien comprendre en quoi la recontextualisation proposée ici est particulière, et dans quelle trajectoire elle s'inscrit.

Jaïnisme An zéro

Comme pour toutes les traditions multi-millénaires orales, le passage à l'écrit fige le contenu dans un espace-temps donné. Aussi, il est important de bien se souvenir du contexte qui a vu naître les aphorismes du Raja Yoga.

A partir du VIIIe siècle avant J.-C. un courant spirituel remet en question le védisme indien au profit d'une intériorisation du divin. La connexion à l'Atma (le Soi) ne passe plus par un processus externe, par un clergé "qui sait" (les brahmanes), mais devient un chemin intérieur. La souffrance de l'incarnation devient une illusion produite par l'Ego, illusion qu'il faut dissoudre pour pouvoir se fondre en Atma (le Soi, l’Ame).

C'est suite à cette "mise du Divin en dedans", qu'entre -500 et +200, les sutras ont été écrits et affinés en Inde. C'est bien sûr l’hindouisme qui était déjà la religion majoritaire à cette époque, mais c'est le courant jaïnisme, en expansion significative alors, qui est le plus proche du Raja Yoga au niveau de la morale et des pratiques. Le jaïnisme, considéré d'un point de vue philosophique comme un courant matérialiste éthique (comme le taoïsme), a de nombreux points communs avec le Raja Yoga, comme ses cinq vœux majeurs:

non-violence / sincérité / honnêteté / fidélité (dans le couple) / non-possessivité

mais aussi des différences comme sur le karma. Pour les jaïns il faut nettoyer le karma lié au passé, alors qu'en Raja-Yoga, on s'intéresse surtout à l'ici et maintenant, au karma immédiat.

Il est évidemment très difficile d'imaginer ce qui était "une évidence" en -500 en Inde et ce qui était profondément novateur. De plus le vocabulaire et les concepts se sont considérablement enrichis ces derniers siècles, le mot Ego par exemple n'a que 200 ans. Recontextualiser un texte "jaïnisme an zéro" demande donc beaucoup de prudence.

Lunaire - Tha - Yin

Le principe masculin-solaire, Yang chez les Taoïstes, Ha en Yoga, prévaut depuis la nuit des temps dans les structures de nos civilisations et de nos religions. Ce n'est que très récemment que le Yin, principe féminin-lunaire, Tha en Yoga, émerge dans nos sociétés. Cette émergence du Yin et de ses valeurs associées modifie grandement le concept même de vie réussie. En effet, être sur le podium, obtenir un résultat est une caractéristique solaire (Ha/Yang), alors que c'est participer qui est la caractéristique lunaire (Tha/Yin) correspondante. Revisiter le Raja Yoga sans tenir compte de cette nouvelle polarité activée il y a moins d'un demi-siècle serait nier tout besoin de réactualisation, d'évolution, de changement. Il y a donc un effort à faire pour percevoir le Yin, le Tha, et le remettre à sa juste place.

Pour bien prendre la mesure de la part solaire dans nos références, il suffit de lire le Râmâyana ou la mythologie grecque ou tout autre texte ancien mythologique ou religieux pour voir que c'est un récit solaire pour les "Yang", qui valorise le visible, la conquête voir glorifie l'Ego. Aussi rappelons les principaux attributs Solaire et Lunaire afin de mieux percevoir les différences, la complémentarité voire la complétude.

Attributs Solaire - Ha - Yang

Assure une protection bienveillante, a la capacité de créer un climat de sécurité.

Le positionnement, s'affirmer, mettre des limites, sait dire non.

L'action, le concret, trancher, décider.

La fonction paternelle relève du logos, du verbe, de la loi, de l’interdit, des limites nécessaires au principe de réalité tout en soulignant l’importance du désir et de son expression. Une approche Solaire va privilégier les faits et exiger par exemple de poser des actes et de s'investir dans son désir de changement.

Hiérarchise.

Valorise l'action, l'expression ou le résultat visible.

Etre compétent est un critère important, une valeur voir un objectif.

La non-compétence peut être vécue comme humiliante.

Préfère mettre deux fois plus d'énergie que de patienter, adore aller plus vite.

C'est aussi la Nadi Pingala en énergétique yogi:

    • Pingala est le canal de l'énergie solaire, il régit la force physique. En relation avec le système nerveux sympathique, il stimule l'activité musculaire (en libérant l'adrénaline). Pingala contrôle le rythme cardiaque, active le corps physique et oriente la conscience vers le monde extérieur. Représente le principe masculin, symbole de l'Homme, du père et de ses influences héréditaires, éducatives directes ou symboliques dans tout ce qu'il peut représenter dans notre développement. Les éléments concernés par Pingala sont le FEU et l'AIR. Pingala est responsable des capacités de raisonnement, d'analyse et de logique.

et le rayon 1 dans l'approche ésotérique de A. Bailey:

    • Volonté d'incarnation et Pouvoir de l'intention. C’est le Rayon de la puissance bienveillante focalisée. Un support réel du monde incarné, une interface, est nécessaire pour le pratiquant pour rendre actif l'énergie Divine d'auto-guérison. La neutralité émotionnelle et mentale est facilement atteinte. Le "pouvoir" est le piège.

Tous les héros des mythes et des cosmogonies ont des attributs solaires même quand il s'agit d'une femme!

Union Lune-Soleil

NB sur le choix d'écriture: Nadi Ida Pingala sans accent (Nâdi Idâ Pingalâ) comme pour tous les mots indiens.

Verseau

Le cosmos bouge et les énergies qui lui sont liées aussi. Ces grands cycles astronomiques ont été perçus et étudiés depuis longtemps sous forme d'astronomie, d'astrologie ou de cosmogonie. Tous les peuples n'ayant pas le même objectif dans l'étude des astres, ils n'ont pas recherché la même précision dans le calcul astronomique. Par exemple en Inde, l'interprétation astrologique ayant une forte vocation de prédiction, d'aide à la décision, nous dirons de mancie, c'est la position de la lune par rapport aux constellations qui a été privilégiée. Les Mayas de leur côté ont mis au point un calendrier ultra-précis sur le long terme. Enfin, l'astronomie moderne a pu mettre en évidence les modifications de la "carte du ciel" au court des âges: le ciel d'il y a 2000 ans ne ressemblait pas à celui que nous voyons en ce moment! Tout ceci fait que lorsque l'on veut parler des grands cycles astronomiques ou astrologiques de l'univers, les divergences de dates émergent rapidement sans pour autant trouver de solution, chaque proposition ayant sa justification dans le contexte qui l'a vu naître.

Dans la cosmogonie hindoue, nous sommes dans l'âge de fer, le Kali Yuga ou kaliyuga. Selon le traité d'astronomie Surya Siddhanta, qui forme la base des calendriers hindou et bouddhiste, le kaliyuga a commencé en -3102 et s'achèvera sûrement dans plus de 400 000 ans! Toutefois, il existe des sous-cycles dont un qui se termine en ce moment (2000, 2012, 2082 suivant les façons de calculer). Il faut savoir que ce kaliyuga - à ne pas confondre avec le Kâlî Yoga qui fait référence à la déesse - est une ère réputée comme "noire" car c'est celle où les êtres souffrent le plus. La conscience planétaire devenue très obscure, l'humanité travaille dans des conditions difficiles d'où la nécessité d'une pratique pour accéder à la lumière de l’Ame.

Le début du troisième millénaire marque donc l'entrée dans une nouvelle ère. Si l'on considère l'approche ésotérique des cycles astrologiques de 2000 ans environ, nous quittons l'ère du Poisson pour entrer dans l'ère du Verseau, "The Age of Aquarius" comme le chantait le groupe Hair dès 1969.

Transition Poisson-Verseau

Bien sûr la précision n'est pas de mise ici non plus, la mise en place des énergies du Verseau se fait de façon progressive (certains astrologues inspirés donnent 2150 comme date de fin de transition). L'important, une fois encore, est l'enjeux de chaque ère ou ses caractéristiques. S'il y a bien un point qui fait l'unanimité c'est que les 2000 ans que venons de vivre étaient sous l'égide des émotions. Tous les moyen-âges sur tous les continents laissent voir ce côté émotionnel voire irrationnel. Progressivement, ces 50 dernières années, de nombreux outils de gestion des émotions ont vu le jour, de plus, progressivement, une plus grande place est faite à la raison, au mental, au cognitif, à la psychologie et même à la quête de sens. Ainsi, la fameuse phrase attribuée à André Malraux : "Le XXIe siècle sera spirituel ou ne sera pas." a-t-elle immédiatement fait mouche sur l'opinion. Par conséquent, si le Poisson fut l'époque de la maturation de notre corps émotionnel, le Verseau sera celui de la maturation de notre corps spirituel. Mais attention, prendre le mot spirituel au sens commun de l'ère du Poisson serait un piège. Le "spirituel" est à découvrir, à vivre, à expérimenter afin qu'en fin d'ère (en l'an +4000 environ) l'humanité puisse passer à autre chose.

Le challenge pour revisiter les sutras du Raja Yoga, va donc être de se libérer des connotations et pratiques issues du Poisson, du moyen-âge, afin d'essayer de découvrir un nouveau goût, celui du Verseau. Le tout en se basant sur un texte écrit à la fin de l'ère du Bélier et au début de l'ère du Poisson (beaucoup de doctrines hindoues sont basées sur le bélier ou "Ram"). Aussi, un bon point de départ peut-il être de lister les attributs, les caractéristiques de l'ère du Verseau en devenir proposé par les derniers écrits astrologiques ou ésotériques:

    • Allez vers l'individuation, l’être doit se dégager des croyances et des idéaux du plus grand nombre et développer sa propre conscience.

    • Accomplissement dans la réconciliation des contraires, la non-dualité. L’homme de demain doit intégrer le particulier et l’universel, la raison et l’intuition, en étant toujours relié au centre par une vision holistique.

    • Émergence de la conscience systémique (un système est un ensemble d'éléments dans lequel toute chose qui se passe pour un des éléments a une influence sur tous les autres éléments), de la conscience des inter-actions dynamiques, et prise en compte d'une causalité non-linéaire.

    • Chaque individu doit trouver son propre chemin, et construire son propre destin pour le bien du collectif planétaire: écologie planétaire.

    • Prendre sa Place, rien que sa Place, toute sa Place en toute Cohérence et Simplicité.

Sans doute l’avènement de la psychanalyse et de la laïcité sont-elles les signes précurseurs de cette nouvelle ère. Mais comme à chaque changement d’ère, les valeurs de l’ère précédente seront défendues violemment ce qui est logique: le changement fait peur et insécurise. Il faut donc redoubler de pédagogie lunaire (yin) pour ne pas stigmatiser les résistances et les alimenter. Préférer le partage d'opinion, plutôt que la diffusion de "vérités". Aussi, nous prendrons comme citation de sagesse de base pour ce site, celle de Siddharta Gautama (Bouddha):

      • Ne crois rien parce qu'on t'aura montré le témoignage écrit de quelque Sage,

      • Ne crois rien sur l'autorité des Maîtres, des Prêtres ou des Doctorants.

      • Mais, ce qui s'accordera avec ton expérience, et après une étude approfondie, satisfera ta raison et tendra vers ton bien, cela tu pourras l'accepter comme vrai et y conformer ta vie...

    • A cela nous ajouterons le principe de la re-contextualisation, thème de cette page:

      • ... tant que cela tendra vers ton bien.

      • Ensuite, sans jamais considérer comme éternelle ta compréhension, à chaque fois que nécessaire, tu reprendras ce processus d'expérimentation.

Voilà, nous avons brossé les différents enjeux conscients de proposer une nouvelle vision du Raja Yoga et plus particulièrement des Sutras de Patanjali.

Conformément à l'approche Lunaire-Verseau aucun résultat n'est attendu, seul le partage d'opinion guidera la suite de cet écrit.

Les 8 moyens

Le Raja Yoga propose huit outils complémentaires que l'on nomme "Ashtanga Yoga". Ces huit pratiques en synergie, permettent de se libérer de l'Ego. On retrouve la description de ces 8 moyens (ashtau angani contracté en asthanga) dans la partie II de Patanjali à partir du sutra 29:

II.29. Les huit moyens de yoga sont:

    1. Yama, les cinq attitudes universelles (ou devoirs moraux) envers les autres (et envers soi-même).

    2. Nijama les cinq règles ou observances spirituelles, base de l'auto-discipline quotidienne.

    3. Asana, la posture sereine: savoir trouver une posture physique, émotionnelle-énergétique, mentale et/ou spirituelle où l'on peut s'installer pour travailler sur soi, avec Soi.

    4. Pranayama, la régulation de la respiration en conscience, en pleine conscience.

    5. Pratyahara, le retrait des sens externes, le transfert de l'attention vers l'intérieur (savoir s'isoler du milieu ambiant, en faire abstraction).

    6. Dharana l'intention, le guidage par l'esprit (l'intention qui pilote le processus).

    7. Dhyana la méditation profonde, le Soi prend le pilotage, on se laisse "traverser par".

    8. Samadhi, la contemplation, l'extase ou plutôt l'enstase. L'état d'unité, l'équanimité, la conscience a rejoint un état transpersonnel, un état de transe, un état modifié de conscience.

Il y a bien sûr une progression pédagogique dans ces huit moyens, chaque étape étant souvent la meilleure préparation à la suivante. Toutefois, comme il est courant en pédagogie systémique, les dons et potentiels de chacun font que toutes les étapes ne sont pas de même difficulté, ni même graduelle. Il est possible d'être spontanément à l'aise avec la méditation (moyen 7) et de mettre des années avant d'avoir de l'auto-discipline (moyen 2). C'est pour cela qu'il faut bien voir la libération de l'Ego (L'Eveil) comme une synergie des huit moyens et non comme la neuvième marche d'un escalier à 8 marches!

C'est pour cela que le symbole des huit moyens du Raja Yoga n'est pas un escalier mais une fleur de vie, une rosace, une géométrie sacrée:

Symbole-logo des 8 moyens du Raja-Yoga

Symbole visuel des huit moyens du Raja Yoga

En systémique, approche qui correspond le mieux à la vision holistique du Raja Yoga, on sait que c'est le maillon faible qui donne la force de toute la chaîne, on le nomme le goulet. Aussi, travailler et gagner en compétence sur son point fort est-il un leurre, voire complètement inutile. Ainsi, les hyper-sensoriels ont souvent connus des états modifiés de consciences dans leur enfance (moyen 8), ils ne sont pas pour autant "Bouddha", éveillés, sans souffrances liées à l'Ego. Il va leur falloir "travailler dur" pour acquérir les 7 autres pratiques et se libérer de l'Ego. Le moyen 5 (faire abstraction de l'environnement) notamment peut être un véritable challenge, de même que le moyen 2 (auto-discipline d'une heure de pratique par jour). C'est donc "le goulet", le maillon faible qu'il va falloir travailler si l'on veut que la synergie se produise. Nous avons tous de naissance un ou des points forts (un moyen que l'on pratique et assimile sans effort, naturellement), et bien sûr un ou des points faibles (un moyen que l'on ne sent pas du tout, qui nous fatigue avant même d'avoir commencé). L'effort, mais sans tension, est nécessaire en Raja Yoga, en cela c'est une voie difficile. L'effort dont on parle ici n'est pas dureté ni volonté, c'est un effort soutenu, avec le sourire, qui ne lâche pas, c'est plus un effort EAU que FEU.

Dans le symbole visuel proposé ci-dessus on voit bien l'inter-relation dynamique des éléments du système, tout s’entrecroise et inter-agit. Il n'est donc pas forcément nécessaire de travailler directement sur son point faible. Cela risque même de mener au découragement, surtout au début du chemin. En travaillant un moyen voisin, par synergie, on obtiendra une modification globale du système et donc une amélioration indirecte du point faible!

Il n'y a pas de progression pédagogique parfaite et universelle, il y a autant de chemin que de personnes en chemin. En terme moderne on parlerait de pédagogie différenciée, de pédagogie cerveau-droit, de pédagogie par l’expérience ou encore tout simplement de pédagogie lunaire (yin). Face à ce constat on comprend aisément pourquoi aucun "club de yoga" ne propose ce type de processus, seul un enseignement de type 1-1 (one to one), maître-disciple semble pouvoir répondre à ce challenge.

Tout au long de cet écrit, nous vous proposerons, comme Jiddu Krishnamurti le propose, de devenir votre propre maître. Bien sûr comme vous n'avez pas l'expertise nécessaire, vous allez vous appuyer sur d'autres experts, des maîtres extérieurs peut-on dire. Mais sans jamais leur donner le pilotage de votre vie, en restant libre penseur, en co-développement avec le reste du monde, en acceptant l’altérité à 100%, c'est-à-dire en sachant que l'autre peut nous enrichir de sa différence comme de son expertise. Il s'agit donc d'un process auto-réflexif où vous êtes le maître, le pédagogue, le coach, le mentor de vous même! Et vous allez vous auto-prescrire des cours, des pratiques, des expériences pour pouvoir arpenter le chemin à votre façon. Vous pourrez même demander l'avis de personnes extérieures pour avoir de nouvelles opinions et donc faire germer de nouvelles idées, mais sans jamais considérer comme vrai ce qu'on vous a dit tant que vous ne l'avez pas valider par votre propre expérience. Cette dernière phrase montre bien combien les connaissances purement théoriques sont très éloignées du Raja Yoga, qui est avant tout un chemin d'incarnation de la spiritualité dans la matière et non une approche conceptuelle.

Le Raja Yoga étant une approche holistique, globale, systémique, pour chaque moyen, ce sont les 4 plans, les 4 corps PEMS qui sont concernés:

    • P pour Physique-Organique (chair, os, …),

    • E pour Energétique-Emotionnel (chakras, méridiens, ...),

    • M pour Mental-Intellectuel (hémisphère gauche, pensée analytique, ...),

    • S pour Spirituel-Métaphysique (hémisphère droit, intuition, ...).

Modèle des 4 corps (lumière de l'Ame)

Sur la représentation du modèle ci-dessus, on comprend mieux le vocabulaire "4 corps" car on les attache à l'incarnation, alors que l’Ame est un principe temporellement plus grand que notre incarnation. Toujours sur ce schéma, ce modèle, on note deux boucles de Karma, de Feedback. La première est directe, j'ai les conséquences directes de mes actes (je mange trop, j'ai mal au ventre) et l'autre passe par un principe plus grand de causalité (mon attitude de pensée n'est pas cohérente, je me sens dépressif). Plus on avance sur le chemin, plus la grande boucle est rapide voir instantanée: on peut déclencher une somatisation importante quelques heures après avoir laissé l'Ego prendre le dessus (après l'avoir laissé piloter notre véhicule d'incarnation selon des principes de souffrances). Enfin, ce modèle met en évidence une vision globale de la vie notée "Vie++": nous concourons à l'évolution.

Mais revenons à notre propos qui était de mettre en garde contre une vision trop parcellaire des choses. Par exemple quand on parle de nourriture, on pense souvent au corps physique (P), en Raja Yoga, on intégrera aussi la nourriture du corps émotionnel ou énergétique (E), également celle du corps mental (M) et bien sûr du corps spirituel (S). Un autre exemple classique de cette approche PEMS se retrouve dans la notion de posture (asana). La "bonne posture" sera à trouver dans le physique, mais aussi dans l'émotionnel, le mental, et si possible dans le spirituel. Finissons par la méditation qui longtemps a été uniquement envisagée comme étant spirituelle. Les découvertes en neurosciences permettent maintenant d'affirmer que l'impact ou la pratique peut être mental, émotionnel mais aussi physique (C'est même la base de la méditation athée de pleine de conscience).

Moyen 1: Yama, les 5 attitudes

L'Ego crée du karma, le karma immédiat lié à nos pensées. Il est donc important dans une quête de libération de l'Ego de mettre en place des attitudes et des observances qui permettent de ne plus auto-alimenter notre karma, afin de pouvoir vivre l'Eveil. Sur le chemin, si on est attaché à "ça", l'éveil sera bloqué par "ça", aussi les deux premiers moyens du Raja Yoga nous proposent-ils des axes qui garantissent un futur heureux, sans stress, avec le moins d'attachement possible que ce soit sur le plan physique, émotionnel, énergétique, mental ou spirituel.

Dans le texte original, on retrouve les sutras relatifs aux moyens 1 à 5 dans la PARTIE II: les degrés conduisant à l'Union (Sadhana Pada). Les moyens 6 à 8 quant à eux, sont décrits dans la "PARTIE III: l'Union réalisée et ses résultats" (Vibhuti Pada). Nous ne suivons pas ici l'ordre original du livre tel que retranscrit en +600, comme dit en introduction, nous choisissons un ordre le plus pédagogique possible. Bien sûr, à chaque fois que nous utiliserons un sutra nous en donnerons le repère dans le format: "PARTIE.numéro.", par exemple "II.30." :

II.30. Yama, les cinq attitudes universelles ou devoirs moraux envers les autres et envers soi-même sont:

  1. Ahimsa, Communiquer avec bienveillance, avec non-violence

    • Ne pas se vivre comme "méchant" quand on dit non à l'autre, maintenir une attitude ferme et juste, provoque un climat bienveillant. Avoir une disposition d'esprit inclinant à la compréhension favorise un état intérieur sans agressivité qui aboutit à une attitude de non-violence pour soi-même.

  2. Satya, S'exprimer clairement, avoir une parole impeccable

    • Exprimez clairement vos besoins sans idées préconçues des solutions, évitez les négations, parlez avec intégrité sans médire, tout ceci rend les choses plus simples, moins stressantes et ne provoque pas de karma indirect (de conséquences fâcheuses). Une bonne astuce consiste à commencer sa phrase par "JE": je pense, je ressens, je crois, ... et de finir par "… en tout cas, ici et maintenant".

  3. Asteya, Prendre en considération ce qui appartient à l'autre

    • Ne pas prendre ce qui appartient à l'autre, c'est lui laisser les conséquences de ses actes, c'est faire la part des choses et bien voir que le problème de l'autre ne nous appartient pas. Beaucoup de stress et de "mauvais karma" seront évités en appliquant cette attitude qui peut paraître égoïste, mais bien au contraire contribue à l'autonomie de chacun.

  4. Brahmacharya, Différencier désir et besoin

    • Différence désir/besoin est important car c'est le désir qui anime la convoitise ou les actes non-intègres. Le besoin lui est normal légitime alors que le désir et plus encore le désir pulsionnel n'apportent que du stress, du karma (frustration, colère, jalousie, ...). Ceci concerne aussi bien le plan sexuel, qu'intellectuel émotionnel ou énergétique.

  5. Aparigraha, Privilégier la Simplicité

    • Mettre la simplicité au cœur de sa vie que ce soit dans ses relations comme dans sa vie matérielle est une clef parce qu'elle permet de toujours rester centré sur l'essentiel. Beaucoup de nos stress sont liés à la complexité intérieure et extérieure. Revenir aux choses simples c'est aussi pouvoir, au quotidien, éviter les pièges de la surconsommation et de la sur-sollicitation effrénée, suscitée par exemple, par le développement des multimédias.

La première étape pour le raja-yogi est de se créer un contexte non-stresseur, qui génère le moins karma possible, karma au sens conséquences de nos actes déplaisantes ou à gérer. Pour cela le Raja Yoga propose de développer cinq attitudes universelles (Yama) et cinq règles ou observances mentales (Niyama). Elles initient la dimension humaine fondamentale en Yoga. On peut se demander ici pourquoi ces deux moyens ne sont pas ou peu enseignés dans les "clubs de yoga"? Tout simplement parce que l'objectif des pratiquants dans ces "clubs" n'est pas holistique, mais centré sur une facette particulière, par exemple, la souplesse du corps physique. Comme pour un institut il est logique de répondre à la demande, les moyens enseignés seront choisis parmi le panel des 8 moyens et plutôt appliqués à certains plans - ou corps - qu'à tous (cf. PEMS). Ce ne sont donc pas de "mauvais" yoga ou des yogas "incomplets", puisqu'ils répondent à un besoin, à une demande. Le Raja Yoga répond à une demande bien spécifique, celle de la libération de l'Ego afin de pouvoir établir et vivre l'Union avec l'énergie de Vie universelle dans toutes les facettes de la vie. C'est le Yoga de l'incarnation de la spiritualité dans la matière, de la transcendance des illusions.

Les 5 pétales d'une même fleur

Comme le lecteur averti l'aura sûrement remarqué, lors de la présentation ci-dessus nous avons plus insisté sur la facette "envers soi-même" car c'est celle-ci qui est généralement oubliée, voire non enseignée. Bien sûr, la facette "envers les autres" existe à importance égale.

Nous allons maintenant revisiter les 5 attitudes à la lumière des sutras de Patanjali:

  • II.31. Yama constitue un devoir universel, sans considération d'origine, de lieu, de temps ou de circonstances.

Après avoir rappelé le contexte élargi d'application des 5 attitudes, Patanjali donne des points de repère pour savoir ce qui se passe quand on a suffisamment intégré la qualité requise. En effet, l'Ego a souvent tendance à nous faire croire que l'on a assez développé telle ou telle attitude alors que c'est toujours lui qui pilote notre vie. Il est à noter que ces 5 attitudes comme d'ailleurs les 5 observances, ne sont pas exclusives au Yoga, mais se retrouvent sous une forme légèrement différente dans d'autres courants de sagesse: Bouddhisme, Toltèque, Reiki, Christianisme, ... Ainsi, en Bouddhisme, on retrouve le sentier octuple, les huit pas: la compréhension juste, la pensée juste, la parole juste, l’action juste, les moyens d’existence juste, l’effort juste, l’attention juste, la concentration juste. Pour les Toltèques, on a les quatre accords: que votre parole soit impeccable, quoiqu’il arrive n’en faites pas une affaire personnelle, ne faites pas de suppositions, faites toujours de votre mieux. En Reiki on trouve les cinq principes de l'art secret d'inviter le bonheur dans sa vie: juste aujourd'hui, ne sois pas en colère, n'aie pas peur, avec honnêteté accomplis ton devoir diligemment, sois bienveillant avec les autres. Et bien sûr il y a les cinq derniers commandements de la Bible: tu ne commettras pas de meurtre, tu ne commettras pas d’adultère, tu ne commettras pas de vol, tu ne porteras pas de faux témoignage, tu ne convoiteras pas. On pourrait retrouver l'équivalent dans d'autres courants de sagesses, l'important étant de garder à l'esprit l'importance de ce cadre moral et éthique afin d'éviter les rechutes liées à l'Ego.

  • II.35. Quand on a perfectionné Ahimsa - la non-violence, la bienveillance, l'innocuité - toute inimitié cesse.

  • II.36. Lorsqu'on est fermement établi dans Satya - la véracité, clarté, transparence -, chaque action porte son fruit juste ( l'efficacité de ses paroles et de ses actes devient manifeste / le karma immédiat est good for evolution).

  • II.37. En étant fermement établi dans Asteya - l'honnêteté, l'abstention de fausseté -, toutes sortes de gemmes se présentent devant le raja-yogi.

  • II.38. Lorsqu'on est fermement établi dans Brahmacharya - la continence des désirs - , on gagne de l'énergie vitale.

  • II.39. Lorsqu'on se tient dans Aparigraha - la non-possessivité, la simplicité -, on obtient la connaissance du “comment" et du “pourquoi" de la vie.

Ces "indicateurs de performances", mettent aussi en évidence comment atteindre un certain objectif. Par exemple, vous êtes souvent le bouc émissaire, vous subissez donc de la violence. L'Ego aura tendance à vous maintenir dans cet état soit en vous positionnant en victime, soit en vous proposant de "casser la gueule" aux autres. Le Raja Yoga propose la solution paradoxale de cultiver la non-violence Ahimsa! Ceci ne veut pas dire "ne rien faire et se laisser faire", au contraire si vous vous laissez faire il y a de la violence envers vous-même. Or les 5 attitudes sont aussi envers vous-même, il faut donc faire cesser cette violence, mais sans rentrer dans la violence! Concernant la violence physique, une solution est la voie proposée par les arts martiaux en général, par l'Aïkido en particulier. Concernant la violence verbale, l'approche CNV, communication non violente, est une très bonne solution. Concernant la violence émotionnelle, la dynamique émotionnelle est souvent une bonne solution.

On voit ici que le Raja Yoga est quelque part un "prescripteur de thérapie", mais n'intègre pas la thérapie elle-même. Pour chacune des attitudes où vous vous sentez particulièrement concerné, il va falloir mettre en place une action corrective et pour cela mener une investigation pour trouver la meilleure solution. L'avantage de ce début du troisième millénaire c'est qu'il existe un choix incroyable et très varié issu du développement personnel ce qui n'était pas le cas dans le contexte historique. Atteindre un niveau de maturité suffisant sur un point peut demander 2 à 3 ans de cheminement en dehors du Raja Yoga, avec un thérapeute, un coach, un instructeur, une école...

Si votre quête spirituelle est de toucher la co-naissance (renaître avec) du comment et du pourquoi de la vie incarnée, la cinquième attitude, Aparigraha, est la clef. Là encore on peut trouver paradoxal que ce soit de privilégier la non-convoitise PEMS, la simplicité qui soit la clef qui ouvre la porte du comment et du pourquoi de la vie. On aurait plutôt pensé à des hautes études philosophiques ou théologiques, voire théosophiques, ou encore à une retraite méditative de plusieurs mois dans les hauteurs du Tibet. Le Raja Yoga nous enseigne que convoiter des connaissances livresques non expérimentées, c'est déjà laisser l'Ego s'emparer de la situation.

Pour les personnes toujours fatiguées, avec peu d'énergie vitale, la clef proposer par le Raja Yoga sera Brahmacharya la continence des désirs. Dit en termes plus moderne: la gestion des émotions par dissociation du besoin et du désir. Sans cette dissociation, ce recul, l'Ego se fera une joie d'utiliser tout le spectre émotionnel pour nous maintenir en état de souffrance, dont la fatigue est la face la plus visible et courante (on parle bien de fatigue physique d'une personne sédentaire en Europe au XXIe siècle et non d'une fatigue physique bien réelle d'un ouvrier des mines il y a un siècle et plus). Ce savoir être - différencier les besoins fondamentaux des désirs - est un chemin de développement personnel à lui tout seul. En effet, notre société de consommation fait au contraire tout pour créer et entretenir cette confusion, et proposer un "avoir" pour compenser un mal-être.

"Je fais beaucoup de chose, mais rien ne marche", est une phrase courante. C'est comme si l'action ne portait pas ces fruits alors que les mêmes actions menées par d'autres personnes peuvent être très efficaces. Le Raja Yoga vous propose, si c'est votre problématique principale de vie ou du moment, de mettre plus de Satya, plus de transparence en vous-même, plus de véracité dans vos actes c'est-à-dire plus de cohérence entre vos actes et votre intention inconsciente. Cela oblige à nouveau à faire un cheminement sur soi afin de faire remonter à la surface toutes les intentions inconscientes que nous hébergeons depuis notre enfance. On pense tout de suite à la cure psychanalytique comme solution, mais depuis Freud, bien d'autres méthodes plus rapides et plus efficaces ont vu le jour, le rêve éveillé en approche Transpersonnelle par exemple.

Terminons par "comment être riche, avoir plus d'abondance", préoccupation centrale de beaucoup de personnes. Le Raja Yoga propose Asteya, ne pas prendre ce qui appartient à l'autre, délaisser l'avidité et l'avarice au profit de "je rends à César ce qui appartient à César"! Comme toujours en Raja Yoga, il semble paradoxal que l’absence de vol PEMS puisse déboucher sur gagner des richesses, des gemmes... PEMS également bien sûr. Le "vol" émotionnel est certainement le plus courant même au sein d'une famille. On parle de "vampire énergétique" ou de "pompe émotionnelle" quand on se sent vidé suite à une inter-relation avec une personne. Si le Raja Yoga vous propose de ne pas "voler" l'énergie des autres, il vous propose aussi de ne pas vous faire voler votre énergie (envers les autres et envers soi-même). Que ce soit au niveau énergétique, émotionnel, mental, mais aussi financier, vous ne devez pas vous laisser voler pas plus que vous ne devez voler. Voir Asteya, l'honnêteté, sous cet angle financier veut dire que si des personnes vous doivent de l'argent, il convient de leur réclamer, de même si vous devez de l'argent, vous devez le rembourser même si la personne ne vous demande rien.

Avant de conclure sur les 5 attitudes, signalons que Patanjali précise que:

  • II.33. Le cheminement vers les "bonnes attitudes" nécessite ce que l'on nomme un exercice spirituel, un examen de conscience ou une auto-analyse des "mauvaises attitudes".

Bien sûr, le Raja Yoga étant une approche non-duelle, il n'y a pas de "bons" ou de "mauvais" comportements, mais des attitudes qui vont soit dans le sens de l'Eveil par transcendance de l'Ego, soit sont opposées à cette direction. Comme souvent dans les sutras, le sutra suivant vient préciser via un exemple:

  • II.34. Pour chaque pensée, émotion, acte non-conformes comme la violence (..) le processus d'examen des opposés (pratipaksha-bhavanam) consiste à se poser les questions:

  • "Qui est l'émetteur?..." moi directement, moi par mon consentement, moi par ma non-action, un autre...

  • "Pourquoi l'a-t-on fait?..." par cupidité, colère, avarice, ignorance...

  • "Quel est le niveau d'impact?..." faible, moyen, fort...

  • "Quel sont les conséquences?..." souffrance, ignorance...

On reconnaît là une démarche très mentale comme on en trouve en philosophie ou encore dans les démarches qualités en analyse des défaillances. Attention, afin de ne pas tomber dans le piège de l'Ego qui sait très bien s'approprier toutes ces démarches intellectuelles, il convient de garder les questions ouvertes, c'est-à-dire avec l'intention d'une attente d'une réponse ou d'un indice venus de l'univers, de l'ailleurs.

Par cette vigilance sur nos pensées, on rejoint l'idée Swami Sivananda devenue une citation célèbre: "Semez une pensée, vous récolterez une action. Semez une action, vous récolterez une habitude. Semez une habitude, vous récolterez un caractère. Semez un caractère, vous récolterez une destinée."

Nous allons finir par le sutra 40 qui concerne à la fois les 5 attitudes et les 5 observances:

  • II.40. La purification PEMS interne et externe provoque l'aversion pour les formes égotiques, pour la forme de notre Ego comme pour toutes les formes d'Ego.

Évidement, ceci n'est pas forcément rassurant. Mais le savoir va permettre au raja-yogi de passer et dépasser cette réaction, cette prise de conscience. Nous risquons d'être effarés par les comportements provoqués par l'Ego chez les autres, et en même temps, nous nous rendrons compte que c'est la même chose chez nous. C'est ce que l'on nomme "déchirer le voile de l'illusion", ce n'est pas forcément agréable, mais c'est utile pour oser voir la réalité qui existe depuis la nuit des temps. Bien sûr, il faut profondément s'aimer et se considérer pour pouvoir passer ce cap sans que l'Ego vienne nous culpabiliser, nous dénigrer, nous juger. D'où l'importance en Raja Yoga de la synergie des 8 moyens, en parallèle avec les moyens 1 et 2, nous aurons pratiqué les moyens 3 à 8, c'est ce qui donne la stabilité, la force intérieure tranquille pour dépasser et transcender cette aversion des formes égotiques, pour juste les voir pour ce qu'elles sont, et ce depuis des milliers d'années.

Ahimsa & CNV: La célèbre méthode de communication non-violente (CNV) formalisée par Marshall B. Rosenberg est en réalité la "Communication Ahimsa". Rosenberg a traduit, comme nous ici, Ahimsa par non-violent. Toutefois, comme il le fait remarquer, un a-violent avec un "a" privatif aurait été plus adapté que non-violent qui contient déjà en lui un "non" qui peut provoquer une réaction... violente. Non-violence, sans violence, en état a-violent, le principal est de comprendre le sens et surtout de savoir appliquer cette attitude à soi et aux autres. Faire un stage ou une formation CNV est une excellente étape pour vraiment intégrer la première des attitudes du premier moyen du Raja Yoga.

Moyen 2: Niyama, les 5 observances

Les 5 attitudes (Yama, le moyen 1) sont une base incontournable pour avoir une évolution qui se maintient dans le temps malgré les aléas de la vie, les épreuves et les challenges. L'objectif des 5 observances (Niyama, le moyen 2) va être complémentaire: libérer le potentiel évolutif de chacun à son optimum. C'est un peu la réponse à "comment avancer plus vite tout seul", sachant que la vie spirituelle c'est arpenter le chemin et non arriver quelque part. Aussi, on peut remplacer "avancer plus vite" par avoir plus de champs d'expériences, désinhiber nos limites éducatives et sociétales pour plus de liberté dans l'expérience d'incarnation. Toutefois, on ne recherche pas l'expérience pour l'expérience (ce qui serait un attachement), mais pour évoluer dans notre conscience, notre vécu, notre compréhension, notre incarnation dans le "Grand Tout".

Si les pratiques incluses dans Yama posaient la fondation éthique de la vie du raja-yogi, celles de Niyama sont plus de l'auto-discipline pour mieux se construire:

II.32. Niyama, les 5 règles ou observances sont:

  1. Shauchat, Préparer le terrain par une intention pure

    • Quelle est mon intention quand je dis ça ou que je fais ça? Quel est mon objectif quand j'adopte telle attitude, que je pose tel acte ou fais telle pratique? Prendre le temps de réfléchir à cela va nous conduire à une meilleure compréhension de nous-mêmes, à moins de karma, à une meilleure préparation du terrain PEMS. En nous rappelant régulièrement quelle cible nous souhaitons atteindre, nous évitons les multiples impasses et contresens liés à tout état de confusion ou de flou.

  2. Samtosha , Cultiver le contentement

    • Pouvoir reconnaître et se satisfaire de tout ce que nous avons, comme pouvoir être heureux de qui nous sommes, apporte la paix du cœur et de l'esprit et nous rapproche de l'état d'Eveil (no-stress). Être capable de porter son attention sur tout ce qui va déjà bien (le verre à moitié plein), cultiver sa capacité à voir le beau en nous et autour de nous, voir les cadeaux de la vie est une attitude propre à générer de la joie, de l'enthousiasme et un état "relax". Quelles que soient les circonstances, faire simplement de notre mieux et nous n'aurons plus besoin de courir vers ce "toujours plus" qui donne tant de pouvoir à l'Ego.

  3. Tapas, Instaurer une hygiène de vie

    • Une bonne hygiène de vie s'installe normalement via une routine journalière (comme se laver les dents, manger, se changer de vêtements...) avec le sourire. Y intégrer des pratiques à médiation corporelle (bodyfulness) demande au départ un effort et une discipline, mais ensuite on obtient des résultats sur tous les plans, intéressants et durables.

  4. Svadhyaya, Étudier le temple intérieur

    • Il existe en nous un espace disponible à volonté et en toutes circonstances qui peut devenir un lieu idéal de tranquillité et de sérénité si nous décidons d'apprendre à le connaître. Il s'agit de ce que l'on nomme le temple intérieur. Prendre le temps de rentrer dans la connaissance de soi livresque, de réfléchir au sens philosophique que nous voulons donner à notre vie, acquérir cette faculté de se ressentir unifié dans toutes les facettes de notre être va contribuer à créer en nous un état intérieur de mieux-être sur lequel les éléments extérieurs n'auront plus de prise.

  5. Ishvarapranidhana, Lâcher-prise pour évoluer

    • S'il y a bien une certitude contre laquelle nous ne pouvons rien, c'est celle de constater que tout change à chaque instant. L'accepter est primordial si nous voulons nous épargner tous les stress d'une lutte et d'une résistance totalement inutiles. Quoique nous fassions le monde autour de nous évolue, ne réagissons en rien de façon personnelle. En choisissant de tout vivre comme autant d'occasions à découvrir et d'opportunités à saisir, nous développerons nos capacités d'adaptation et notre confiance en nous comme dans la Vie.

Yama et Niyama (les 5 attitudes et les 5 observances) ont tous les deux un but commun: la transmutation de la nature PEMS pour qu'elle puisse convenablement servir de véhicule à l'énergie de Vie, à la lumière de l’Ame. Mais ces deux premiers moyens du Raja Yoga ont aussi des différences complémentaires, différences que l'on retrouve dans la nature des pratiques elles-mêmes. Ainsi les 5 attitudes - Yama - ne demandent pas d'initiative d'action, jour après jour, on demande au raja-yogi de réagir aux événements et incidents de sa vie d'une manière bien définie, mais le nombre et le caractère des occasions qui se présenteront dans sa vie, requérant l'exercice des cinq attitudes, dépendront naturellement des circonstances. Si, par exemple, il va vivre dans la jungle comme ascète, il n'y aura guère d'occasion de mettre ces attitudes en pratique. Dans certains contextes le moyen 1 restera inopérant faute d'occasion de le pratiquer. Il n'en est pas de même dans le cas de Niyama qui implique des pratiques régulières, jour après jour, quelles que soient les circonstances dans lesquelles le raja-yogi est placé. Même s'il vit seul, complètement isolé de tous rapports sociaux, la nécessité d'accomplir ces pratiques restera aussi grande que lorsqu'il vivait dans l'activité d'une fourmilière humaine.

Il est important, pour les 8 moyens, de se souvenir que l'objectif n'est pas le moyen, mais la préparation de notre corps-véhicule d'incarnation pour recevoir, révéler notre nature lumière, notre énergie Divine. On ne peut pas "vouloir" l'Eveil, sinon on expérimente le "vouloir", l'Eveil est une émergence, un résultat de fait. On ne peut que tout mettre en oeuvre pour favoriser cette révélation, cette émergence.

Avant de découvrir les "indicateurs de performances" proposés par Patanjali, notons que le point commun des 5 observances est préparation du terrain, la "purification" de notre véhicule d'incarnation afin que nous puissions y accueillir notre être profond, notre lumière. Cette préparation du terrain a longtemps été comprise comme un nettoyage, une purge. S'il est possible de voir les choses sous cet angle, il faut toutefois noter que cela présuppose que nous sommes de nature imparfaite, sale, qu'il faut enlever, jeter quelque chose. C'est bien sûr un processus possible pour tout ce que nous avons acquis - croyances déstructurantes, injonctions parentales, réactions inadaptées, ... - mais pour notre partie innée, le Divin aurait-il loupé tant de choses? Souvenons-nous: où Freud voit une psyché "à nettoyer des pulsions", Jung, lui, voit "des ombres à mettre en lumière". Niyama agit plutôt comme ça: "mettre de la lumière dans nos ombres" pour s'accepter pleinement dans notre nature globale et cosmique. En Raja Yoga, "purifier" est donc à prendre selon les deux éclairages, soit nettoyer, soit mettre de la lumière, aussi on préférera souvent le mot "préparer".

5 entrelacements dans la matrice...

Découvrons maintenant les conséquences courantes de la pratique assidue de Niyama:

  • II.40. Une intention pure lors de la préparation du terrain PEMS - Shauchat - provoque souvent l'aversion des formes de l'Ego; pour les formes de notre propre Ego comme pour toutes les formes d'Ego.

Avant de donner les correspondances entre les pratiques et les changements obtenus, Patanjali nous met en garde sur une conséquence déplaisante, mais obligatoire, donc à transcender. Au fur et à mesure que l'on chemine sur le sentier de la connaissance de soi, on identifie de plus en plus les comportements induits par l'Ego. Certains de ces comportements nous dégoûtent, nous répugnent, nous indignent. De plus comme ces comportements n'apportent que de la souffrance, on peut être amené à espérer les voir disparaître de la surface du globe. Si cette réaction peut être salutaire quand elle provoque des rassemblements associatifs pour de nobles causes, en revanche, elle nous affecte et donne "à manger à l'Ego" car nous perdons notre neutralité et entrons en réaction. Ce sutra nous prévient que c'est une réaction normale qui va demander beaucoup de sagesse pour être transcendée et ne pas se couper du reste du monde par dégoût.

Voyons maintenant les conséquences positives de la pratique journalière des 5 observances:

  • II.41. De l'affinage PEMS du véhicule - Shauchat - s'ensuit le sourire, tenir le cap, la maîtrise de l'hypersensorialité, et l'aptitude à percevoir le Soi.

  • II.42. De la pratique du contentement - Samtosha -, une suprême félicité est atteinte.

  • II.43. Par l'instauration d'une hygiène de vie - Tapas - notre véhicule est affiné et la maîtrise des 4 corps PEMS en découle.

  • II.44. Par l'étude du temple intérieur - Svadhyaya - se produit l'union avec son essence Divine.

  • II.45. Par un lâcher-prise pour évoluer - Ishvarapranidhana - l'accomplissement de l'union avec son Ame (Samadhi) est possible.

C'est le sourire, la bonne humeur, qui est le premier point cité, et ce n'est pas un hasard, car le sourire c'est déjà de la spiritualité. Pratiquer avec la joie de vivre, être enthousiasme de faire de nouvelles expériences est certainement le meilleur indicateur que l'on est bien sur le chemin de l'Eveil, du Soi. Aussi vivre les pratiques comme des corvées est-elle la plus mauvaise des solutions, voire une anti-solution qui à terme, va créer des rancœurs suite aux espoirs et aux attentes déçus. Ceci est vrai pour tous les 8 moyens, seul un état no-stress comme celui du sourire intérieur, est garant de changement, d'évolution. On peut d’ailleurs remarquer que les autres observances vont dans le même sens.

On sent bien ici que l'intention est plus importante que l'outil mis en action. En effet, plus mon intention sera pure, plus je serais à même d'analyser le résultat de l'action. Comment assainir les 4 corps PEMS? Bien des solutions existent maintenant, le courant du développement personnel comme celui de la thérapie ou dernièrement celui du coaching ont permis la mise au point de dizaines d'outils tous très performants. Pour chacun des corps: physique, émotionnel, énergétique, mental vous trouverez des livres, des coachs, des écoles, des thérapeutes. Pour le corps spirituel, c'est plus rare, mais les acteurs du courant transpersonnel existent. Donc, comment résumer en un seul sutra, la meilleure solution, ou les meilleurs critères de décision? La réponse fut déjà à l'époque, peut importe, mais l'intention doit être là, claire, la plus précise possible, "pure".

On peut ici reprendre cette idée avec les concepts modernes de la systémique. En systémique, la construction d'un modèle peut être représentée de la façon suivante:

Modele, modélisation, système et systémique

En premier, il y a l'expérience, puis vient la leçon tirée de cette expérience (analyse). La boucle de Feedback violette montre que l'on peut renouveler l'expérience plusieurs fois pour en tirer une analyse valable qui, plus tard, va déboucher sur une première formalisation (via la grande boucle de Feedback grise). Cette formalisation va elle-même donner des pistes pour de nouvelles expérimentations, mais cette fois-ci lors de l'analyse on comparera aussi le résultat réel au résultat théorique. Au fur et à mesure, le modèle va devenir de plus en plus solide ou, au contraire, va permettre de savoir ce qui ne marche pas. Donc au final peut importe l'expérience - manger bio - ou la théorie - les chakras -, l'important c'est l'analyse, c'est de prendre en considération la réalité obtenue: est-ce que je progresse dans le sens désiré?. Si mon intention est toujours pure, si mon objectif est bien de préparer mon véhicule à recevoir ce que l'on nomme la lumière de l’Ame, si je fais de mon mieux ici et maintenant, j'évolue forcément et au final je pourrais évaluer, pour moi, la pertinence des outils que j'ai utilisé.

Revenons aux 5 observances, après Shauchat, la "purification" des enveloppes qui voilent le Soi, on trouve Samtosha qu'on traduit généralement par contentement. Cultiver le contentement est un super challenge pour les Français dont la réputation internationale est de "râler tout le temps". Si nous nous identifions à ce comportement collectif par appartenance au clan, l'Ego aura en permanence un levier pour agir. Le contentement est indispensable, parce que sans lui, il n'y a pas de possibilités de maintenir le mental en condition d'équilibre. L'homme vivant dans le monde urbain moderne est tout au long de la journée sujet à toutes sortes d’agression, et il réagit selon ses habitudes, ses préjugés, son éducation, ou son humeur du moment. Ces réactions déclenchent des hormones, des neurotransmetteurs qui troublent le mental et l'émotionnel. Si pour sortir de la réaction, la culture du contentement est efficace et apporte la tranquillité , ce n'est pas immédiat et facile, mais le résultat d'une discipline prolongée, et la traversée des nombreuses épreuves de la vie.

En troisième position, on trouve Tapas traduit parfois par discipline ascétique voire austérité. Ce vocabulaire associé met bien en évidence que la mise en place d'une routine - pratique journalière d'hygiène de vie - n'est pas bien vécue par l'Ego. Le contenu de Tapas est amplement repris dans les sutras de la fin du partie II et dans la partie III. En effet, la routine doit bien sûr intégrer les autres moyens du Raja Yoga. Afin de rester en cohérence avec ce qui vient d'être exposé plus haut, il faut une ardente aspiration pour pouvoir mettre en place la routine sinon, on risque de retomber rapidement dans les pièges de l'Ego. Cette ardente aspiration peut être spontanée chez certains, un enthousiasme spontané à ce mettre en chemin suite à une expérience dite de sommet (connexion transpersonnelle en état modifié de conscience), mais ce n'est pas toujours le cas. Beaucoup de personnes se mettent en chemin pour fuir une souffrance psychique devenue insupportable. Dans ce cas, le maintien en place de la routine est plus périlleux notamment dès que la souffrance diminue. Se souvenir de son aspiration et connecter la notion d'effort sera alors nécessaire.

Svadhyaya traduit par "lecture spirituelle" au milieu du XIXe siècle en a fait le "dada" des intellectuels occidentaux. De même que pour le Yoga dit de la connaissance - Gyana ou Jnana Yoga -, on pourrait presque croire qu'un cycle universitaire en théologie ou en étude comparée des sagesses est un moyen du Yoga. C'est pour cela qu'il faut préférer, en occident et en ce début du troisième millénaire, "étude du temple intérieur" qui oriente bien plus vers l'étude du sens des réalités subjectives. Pour mieux comprendre en quoi la connaissance purement livresque est inutile en Raja yoga, il faut se reporter au schéma vu ci-dessus. On voit bien que l'expérience est primordiale, première, le reste n'existe pas sans elle. Ensuite, mais ensuite seulement, l'étude des modèles proposés dans les livres sacrés, dans les approches psychologiques ou les études ethnologiques est un plus pour mieux analyser et mieux formaliser. (Ce sujet est repris dans la partie III.)

Enfin, la cinquième et dernière observance est Ishvarapranidhana, une incitation au lâcher-prise pour évoluer. La deuxième partie du mot - pranidhanat - propose l'abandon de soi à quelque chose de plus grand comme notre nature Divine intérieure. L'idée est que seul un apport extérieur à notre psyché - énergie, inspiration, idées - peut apporter du changement, un renouvellement. Sinon, notre démarche devient autoréférente et rapidement s'asphyxie par manque de nouvel "oxygène". Utiliser le reste du monde, l'Atltérité, comme source d'évolution nécessite de lâcher nos certitudes, nos croyances, de s'abandonner à la Vie. Mais ce n'est pas un lâcher-prise où l'on ne fait rien, bien au contraire, on écoute la Vie, on se laisse pénétrer par le mouvement en cours et... on le surfe.

Afin de pouvoir hiérarchiser nos actions, choisir parmi les 8 moyens celui à mettre en oeuvre au plus tôt, il est important de savoir que ce sont les trois derniers éléments de Niyama qui ont été proposés dans l'aphorisme II.1, le premier sutra de la deuxième partie (sadhana-pada):

  • II.1 Tapah-svadhyaya-isvarapranidhanani kriyayogah c'est-à-dire:

  • II.1 Le yoga de l'action - Kriya-yoga - conduisant à l'union avec l'Ame est: Tapas - instaurer une hygiène de vie - , Svadhayaya - étudier le temple intérieur - et Ishvarapranidhanani - lâcher-prise pour évoluer.

En commençant par ce sutra, Patanjali met l'accent sur l'aspect "kriya": faire, action. Le Kriya-yoga est l'aspect effectif du yoga, l'étape essentielle. Il est préliminaire au sens étymologique, "avant la limite (le seuil)", autrement dit "la pratique de base", qui mène à l'union avec la lumière de l’Ame. Patanjali insiste ainsi sur le fait que le Raja Yoga consiste, non à rêver et à attendre, mais à faire quelque chose et en priorité: l'auto-discipline, la connaissance de soi, et l'altérité transpersonnelle. Ces trois actions agissant en inter-relation pour une synergie qui permet d'arpenter le chemin.

Voilà, nous avons parcouru les 5 observances qui vont permettre ce créer un temple intérieur de qualité, un espace disponible en toutes circonstances et qui peut devenir un lieu idéal de tranquillité et de sérénité si nous décidons d'apprendre à le connaître. Dans ce temple, notre Ego n'a pas de prise, et notre Soi peut être connecté.

On notera que les moyens 1 et 2 ont plutôt le mental comme porte d'entrée, et propose une vision positive de la vie et non de "chasser les démons" pour changer notre terrain. Les neurosciences ont depuis 2014 mis clairement en évidence qu'il est impossible de changer quand on est en stress. Or la simple pensée de partir en chasse ou en guerre contre nos démons intérieurs est éminemment... stressante. Le Raja Yoga propose plutôt une voie "Bodyfulness" pour se libérer de nos programmes saboteurs devenus inutiles, c'est-à-dire le passage par le corps, la respiration et la méditation.

Ces deux premiers moyens instaurent un apaisement du mental et de l'émotionnel en nous permettant de vivre consciemment passions et instincts sans plus en être les jouets. Notre vie devient vertueuse non au sens moral, mais au sens pragmatique dans la mesure où nous nous apportons du bien-être.

Moyen 3: Asana, la posture

Le troisième moyen du Raja Yoga est certainement à la fois le plus connu sous le nom de Hatha Yoga et le moins compris, la forme ayant pris le dessus sur le fond au cours du moyen-âge. On peut dire tout de suite que la "posture statique" du Hata Yoga du XX° siècle n’est pas ce "Asana" du troisième moyen du Raja Yoga. Prendre le mot posture au sens "façon de se positionner" - et ce sur tous les plans PEMS - est bien plus juste.

  • II.46. La posture, Asana, adoptée doit être stable et établie dans un "espace heureux".

  • II.47. La stabilité et l’aisance de la posture se réalisent grâce à un effort léger et soutenu du mental sur l’infini et au renoncement à l’effort-volonté.

Il faut savoir que le Hatha Yoga tel qu’on le connait en France depuis le début du XXe siècle n’existe que depuis le XVe siècle et non l'an zéro ou avant. D'un point de vue historique, au départ, on trouve l’âge d’or de l’Inde (-1000,+600) avec une tradition orale formalisée pour la première fois au IVe siècle av. J.-C. via les Yoga-Sutras. Or, de cette période ne ressort aucune description d’une pratique corporelle basée sur des postures complexes comme celles que l’on trouve dans tous les livres de Hatha Yoga. Ensuite, il y a eu la période indo-musulmane (712-1749) avec un livre, le "Hatha Yoga Pradipika" qui a été écrit au XVe siècle, donc en plein moyen-âge. Ce livre décrit les postures - des simples et des complexes - et la plupart des autres pratiques attachées au Hatha Yoga (nettoyages, bandha, mudra, sons, kundalini,… ). A la lecture du texte, on perçoit nettement qu’il est empreint des pensées moyenâgeuses ne serait-ce que la description de la cellule de pratique: austère à souhait comme celles de nos moines de l’époque (voir descriptif en bas de page), ce qui va à l’opposé de "l’espace heureux" du Raja Yoga vu ci-dessus (II.46). Pour nous, dans le cadre du troisième moyen du Raja Yoga, l’important est dit dès le départ, chapitre I - aphorisme 2 de l'ouvrage Hatha Yoga Pradipika (HYP):

    • HYP_I-2) Après avoir rendu hommage à la Conscience par l’intermédiaire de son propre guru, le Yogi Svatmarama expliqua la science du Hatha Yoga dans le seul but de pouvoir atteindre le Raja Yoga.

Il s’agit d’un livre qui détaille une pratique pour obtenir l'union de notre facette Solaire - Ha et de notre facette Lunaire - Tha -. En se sens, et en proposant de nombreuses postures - Asana -, il est bien un des huit moyens du Raja-Yoga, un des éléments dans le but d'atteindre le Raja Yoga. Ce n'est donc pas une fin en soi. Les postures sont donc une création moyenâgeuse et non un héritage multi-millénaire, c'est pourquoi on n'en trouve aucune description dans les sutras de Patanjali. D'ailleurs aucun bas relief ancien (avant J-C) ne présente de posture de Hata Yoga, seul un temple de VIIe siècle - Mahabalipuram - présente un ascète en posture de l’arbre.

Bas reliefs hindous : posture de l'arbre

Toutefois, les descriptions que l'on trouve dans cet ouvrage sont bien la base du "Hatha Yoga du XXe siècle". Bien sûr nous pouvons utiliser le superbe choix de postures physiques que propose le "Hatha Yoga Pradipika" en tenant compte des consignes vues ci-dessus (II.46). Mais surtout, il faut redonner le point de vue holistique, globale, du Raja Yoga et penser aussi en posture - Asana - mentale, émotionnelle et bien sûr spirituelle: la posture stable et confortable prend un autre sens. Cela ne veut pas dire que l'on va négliger ou supprimer le côté posture physique, mais intégrer tous les plans PEMS à cette pratique. Le sutra suivant II.47. nous indique comment maîtriser l'Asana, la posture: par un relâchement des tensions (effort soutenu, mais sans tension) et l'immersion dans le "sans fin", la méditation sur "ce qui n'a pas de fin". Puis tout de suite après Patanjali nous dit ce que l'on peut attendre de cette pratique:

  • II.48. Quand cela - la maîtrise de la posture - est atteint, les couples de contraires ne font plus obstruction.

Arriver à tenir une posture physique, émotionnelle, mentale ou spirituelle sans tension, en no-stress, en portant simplement son attention sur l'infini du moment permet de ne plus subir les attaques de l'Ego via la dualité. En Raja Yoga, la non-dualité est une affaire de posture, de positionnement, de façon d'être qui ne nécessite pas d'effort au sens tension, volonté, puissance.

Au niveau des postures physiques, la première et la plus simple est de s’asseoir ici et maintenant comme si cet instant devait durer... l'éternité. Arriver à s'asseoir sans tension physique demande un relâchement, pas de dureté, mais pas de mollesse. En posant son attention sur l'infini, on peut percevoir des tensions dans le corps qui sont le reflet de tensions psychiques (émotionnelles ou mentales). Dans le cadre du troisième moyen, il convient de juste les observer sans volonté, sans dualité bien/mal ou réussite/échec, et naturellement, l'espace heureux augmentera, s'installera.

Précisons tout de suite, que ce troisième moyen va naturellement s’enchaîner avec le quatrième:

  • II.49. Quand la posture correcte a été réalisée, elle est suivie d'une maîtrise correcte de l'énergie vitale - Prana - et d'un processus approprié d'inspiration et expiration du souffle - Pranyama -.

Le moyen 4, la respiration, va venir aider. C'est à la fois l'outil complémentaire idéal du moyen 3 pour dissoudre les tensions sans effort, et l'outil idéal pour entrer en état modifié de conscience pour les moyens 5, 6 et 7. En dehors des postures de bases comme debout, assis et couché, le choix des postures physiques ou énergétiques devront pédagogiquement permettre un travail sur les tensions ou/et sur la respiration. Pour le domaine émotionnel ou mental, la posture sera choisie pour sa portée symbolique. Le Hatha Yoga proposant l'union des contraires la facette Solaire et la facette Lunaire, est en parfaite adéquation avec le troisième moyen du Raja Yoga. C'est donc une source d'inspiration de qualité, mais il faut garder à l'esprit que c'est un moyen, pas un but.

Souvent, le yoga est réduit en Occident à une gymnastique, à une relaxation. Patanjali nous rappelle qu’il est avant tout un chemin de libération du mental, des émotions et des limitations de l’ego. Le yoga royal de Patanjali - Le Raja Yoga - nous expose une démarche spirituelle complète, une alchimie transformatrice orientée vers l’accomplissement total de l’être humain. Intégrer les Asana dans notre routine d'hygiène de vie est un plus qui va être décuplé par l'action en synergie avec les autres moyens.

HYP_I.12) Celui qui désire pratiquer le Yoga doit se mettre au centre d’une petite cellule isolée, sans pierre, ni eau, ni feu ayant la dimension dans son rayon d’un arc, dans un pays bien gouverné, qui soit exempt de catastrophes et de conflits, dans lequel la loi est observée et où les aumônes sont prodiguées avec largesse.

HYP_I.13) Les caractéristiques de cette cellule, décrites par les Siddha qui pratiquent le Hatha Yoga sont les suivantes: elle doit avoir une petite porte, aucune fenêtre, elle doit être sans trou ni creux au sol, ni trop haute ni trop basse, bien badigeonnée de bouse de vache, propre, sans insecte. L’extérieur doit comporter un pavillon, un espace réservé, un puits et être entouré d’un mur d’enceinte.

Moyen 4: Pranayama, la respiration

Ce quatrième moyen, Pranayama, va naturellement s’enchaîner avec le troisième, Asana. Une pratique simultanée des moyens 3 et 4 est même rapidement souhaitable.

  • II.49. Quand la posture correcte a été réalisée, elle est suivie d'une maîtrise correcte de l'énergie vitale - Prana - et d'un processus approprié d'inspiration et expiration du souffle - Pranayama -.

Dès que la posture est trouvée, stable et aisée, on expérimente le Pranayama qui est la maîtrise consciente de la respiration PEMS. Il s'agit tout d'abord de l’arrêt des perturbations de la respiration physique dans un premier temps, puis de la conduite du souffle et de son énergie associée. On sait maintenant que l'allongement du souffle et le contrôle de son rythme vont entraîner ce que l'on nomme de la cohérence cardiaque, qui est très favorable à tous les corps PEMS.

Voici le cycle de base formalisé et validé par l'institut HeartMath depuis 1995:

Respiration circulaire 5 secondes - 5 secondes

On parle de respiration circulaire, et la base la plus universelle est de 6 respirations par minute (inspire=expire=5sec). Bien sûr les yogis expérimentés peuvent allonger le cycle à 5 respirations par minute (6sec+6sec), voire 4 respirations complètes par minutes (un peu plus de 7 secondes à l'inspire comme à l'expire).

Transition douce entre l'inspire et l'expire

L'important c'est le contrôle par la conscience de inspire=expire. Notons que, à priori, il n'y a pas de blocage, de rétention, d'apnée: la transition se fait en douceur. Le sutra II.50. nous donne des indications complémentaires à celles de l'institut HeartMath, indications plus ouvertes à l'expérimentation:

  • II.50. Les mouvements de la respiration sont l’expire, l'inspire et la transition. En portant l'attention sur l'endroit où se place la respiration, sur son amplitude et son rythme, on obtient un souffle allongé et subtil.

La pratique de la suspension par blocage de la respiration est inutile en Raja Yoga, la suspension venant tout naturellement après l'hyper-oxygénation due à une pratique suffisamment longue et intense. Précisons tout de suite, qu'introduire une phase de suspension - apnée poumon plein ou poumon vide - nécessite d'une part une certaine expérience et d'autre part, d'avoir une intention différente que celle du moyen 3 qui est, rappelons-le, la non-dualité, l'équilibre des contraires, l'harmonie des opposés.

Notons que du point de vue du vocabulaire, on nomme Vinyasa l'enchaînement des 3 moyens 3, 4 et 5: Asana, Pranayama et Pratyahara. Vinyasa signifie synchronisation du mouvement et de la respiration. Le nom de ce processus "Vinyasa", enchaînement des moyens 3, 4 et 5, a été rendu célèbre en occident par Shrî K.Pattabhi Jois et B.K.S. Iyengar via leur approche "Ashtanga Vinyasa Yoga" qui est une déclinaison indirecte du Raja Yoga créé en 1930 (voir en bas page).

C'est la deuxième partie du sutra "En portant l'attention sur..." qui nous indique qu'il faut inclure le moyen suivant Pratyahara - poser son attention vers l'intérieur - dans le processus Vinyasa. De même cette deuxième partie nous donne une indication fondamentale pour choisir la posture. En effet, le sutra nous précise "En portant l'attention sur l'endroit où se place la respiration" aussi pour chaque pratique, pour chaque asana, pour chaque vinyasa, il est intéressant d'avoir un lieu privilégié où poser l'attention pour cette écoute intérieure - Pratyahara -. Dans ce cadre, revisiter toutes les postures du Hatha Yoga est intéressant, car effectivement, on va pouvoir trouver des propositions corporelles qui permettent naturellement de poser son attention sur une partie spécifique du corps (thorax, colonne vertébrale, flanc, zone des reins, ...) et donc être mieux et plus facilement à l'écoute de notre intériorité.

Patanjali nous invite ensuite à dépasser le côté physique de la respiration, de dépasser le travail sur les trois modalités de base inspire-expire-suspension:

  • II.51. Une quatrième modalité de respiration dépasse le plan ordinaire de conscience où l’on distingue inspire et expire.

Revenons à l'aspect holistique du Raja Yoga, à savoir une respiration PEMS. Souvent la pratique d'exercices respiratoires amène l'aspirant à se concentrer sur l'appareil respiratoire physique, à l'exclusion de la pratique analogue, consistant à maîtriser le rythme de la vie émotive ou bien sûr énergétique - le Prana -. Si cette respiration physique profonde en posture est un excellent début, elle est insuffisante pour avoir une action durable sur l'Ego ou pour produire une connexion spirituelle de qualité. Transformer notre corps en un instrument cohérent et rythmique "PEMS" pour l'union avec l’Ame nécessite au minium, une pratique physique, énergétique et mentale. Cette dernière sera mieux explicitée par le moyen suivant. Comme souvent dans les sutras, Patanjali nous indique ensuite ce que l'on obtient en pratiquant régulièrement:

  • II.52. Grâce à cela, ce qui obscurcit la lumière disparaît graduellement.

Ne plus être dans le brouillard, clarifier notre vision du monde, dépasser l'illusion de l'Ego, voilà le résultat: ce qui obscurcit la lumière disparaît graduellement! Ce sutra est donc une très bonne incitation à la pratique de postures en coordination avec la respiration soutenue par une intention ou une attention particulière (processus Vinyasa). Plus la lumière de l’Ame peut s'incarner dans notre véhicule, plus l'Ego est remis à sa juste place avec bienveillance, et ça, c'est vraiment un plus pour arpenter le chemin de l'Eveil.

Pour finir de nous convaincre de pratiquer ce processus Vinyasa, Patanjali ajoute que c'est l'idéal pour enclencher le processus suivant, celui de la méditation:

  • II.53. Et le mental est préparé à la polarisation de l 'attention - Dharana -

Souvent négligé et pourtant présent dans toutes les traductions, le "Et" de début de phrase est fondamental, car il indique que le processus de méditation, dont la première étape est Dharana le sixième moyen, ne se fait qu'une fois le corps PEMS rempli de Prana, aligné, harmonisé. C'est pour cela que la méditation proposée par le Raja Yoga doit intervenir en fin de pratique et non, indépendamment. Cela ne veut pas dire qu'un cours de méditation est inutile, non, cela veut dire que dans le cadre du Raja Yoga et de son objectif, il est infiniment plus efficient de méditer après avoir préparé convenablement le véhicule. Une fois nettoyé de toutes les choses devenues inutiles - programme mental, émotions, toxines, ... - et une fois rempli d'une superbe énergie de lumière , alors le processus méditatif peut s'appuyer sur ce nouveau potentiel pour mieux nous conduire vers la lumière de notre Ame, vers notre Soi profond.

Prenons un exemple de processus Vinyasa: je veux faire la posture de la demi-lune arrière - hasta uttanasana - très connue, car débutant la célèbre "Salutation au soleil" (première silhouette ci-dessous). Il s'agit d'une posture debout les bras levés vers le ciel. Si vous avez déjà fait ou vu du Hatha Yoga, vous connaissez cette posture en mode statique. Ici le mouvement c'est la vie, la position sera aisée, confortable et vivante (cf sutra II.46.), en légers mouvements liés à la respiration par exemple. L'attention va se porter sur la cage thoracique et, comme un soufflet, elle va se gonfler puis se dégonfler, à chaque respiration 5sec-5sec. Pour débuter, on amplifie le mouvement de tout le corps qui accompagne le mouvement de la respiration. Inutile de se cambrer fortement, juste suffisamment pour mieux sentir et ressentir les tensions du corps ou le mouvement de la respiration dans la zone thoracique. On respire ainsi 10 respirations complètes, laissant le corps se gonfler puis se dégonfler, l'attention sur les poumons, sur le thorax. A l'inspire on accentue l'extension, le stretching, à l'expire on accentue la détente, le relâchement.

Exemple de postures issues du Hatha Yoga

Vient ensuite le passage "PEMS", et on va commencer à inspirer du Prana, de l'énergie et expirer les toxiques. A l'inspire on imagine, on visualise la lumière qui rentre par les poumons soit directement, soit en passant par le nez . Cette lumière-énergie nettoie notre véhicule et à l'expire, on éjecte les choses devenues inutiles comme les émotions accumulées dans la journée. Nous sommes donc passés au plan énergétique et émotionnel. Si pour le plan physique l'inspiration se fait souvent par le nez et l'expiration par la bouche, pour le plan énergétique, dans le mesure du possible, la respiration se fera exclusivement par le nez.

Le plan mental va être sollicité par la vigilance de tous les instants sur tous les paramètres:

    • inspire=expire=5sec(ou 6sec ou 7sec si vous êtes expérimenté),

    • ouverture de la cage thoracique et du cœur à l'inspire avec extension vers le ciel,

    • à l'expire relâchement maximum de la zone du cœur (tout en gardant un tonus minimum pour l'allure générale de la pose),

    • à l'inspire visualisation de l'énergie qui entre directement à travers la peau et via les poumons,

    • à l'expire visualisation des miasmes qui sont expulsés via la peau et le souffle,

    • etc...

Une fois cette posture devenue aisée et agréable, et non statique et immobile, vient la phase S comme spirituel. A la respiration physique et énergétique va venir s'ajouter une respiration transpersonnelle, plus grande que notre simple être. L'énergie est maintenant devenue pure, l'inspire et l'expire ne porte plus que de l'énergie lumière qui nous ressource, la dimension "cosmique" peut alors intervenir. Nous ne sommes plus un corps dans l'espace qui respire, nous sommes l'espace qui se densifie et vie dans un corps. Nous rayonnons qui nous sommes à travers tout notre être, nous pilotons une lumière à l'inspire vers l'intérieur: notre peau, notre chair, nos os, et à l'expire vers l'extérieur: notre champ magnétique, notre éthérique, notre aura. Une bonne pratique peut être 3x5, c'est-à-dire 5 respirations en mode physique, puis 5 en mode énergétique et enfin 5 en mode spirituel, soit 3-4 minutes par Vinyasa.

Le mental est très sollicité pour poser les intentions, piloter les flux, surveiller tous les paramètres en simultanés si possible, et c'est une excellente utilisation du mental, à l'opposée de celle qu'en fait l'Ego. Les récentes découvertes en neurosciences (2016-2018) montrent que ce type d'activité du cerveau, en même temps que le mouvement et l'oxygénation, augmente les capacités cognitives. On parle couramment d'une augmentation de 3 à 7 points de QI! Bien sûr, ce n'est pas le but du Raja Yoga, mais cet effet collatéral est toutefois très sympathique.

Le fait de respirer directement à travers la peau, ou du moins d'en poser l'intention en s'aidant de la visualisation ou de l'imagination peut sembler totalement virtuel. En réalité, depuis plus d'un siècle, on sait que la peau participe grandement au processus de respiration, d'oxygénation du corps. Les grands brûlés sont en insuffisance respiratoire parce qu’ils ne peuvent plus respirer par la peau! La proposition faite à votre corps n'est donc pas une pure idée, mais bien une intention réaliste.

Au niveau énergétique, le Prana absorbé vient principalement du Prana planétaire, mais il peut également être solaire, lunaire et... cosmique au sens des étoiles et des galaxies. Au fur et à mesure de la pratique, on peut sentir que cette connexion à l'énergie des étoiles est particulière, car totalement "nouvelle" (au sens non terrestre). Or, si nous sommes dans un processus de changement, on veut par définition créer du nouveau. Aussi, il est évidemment préférable de s'alimenter de nouveau, d'une énergie nouvelle. Ce quatrième mode de respiration annoncé par le sutra II.51 est donc des plus utile sur le chemin de l'Eveil, mais aussi dans la vie de tous les jours, pleine de changements.

* "Ashtanga Vinyasa Yoga" est le nom d'une école de Yoga physique et dynamique développée par Shrî K.Pattabhi Jois. Elle a fortement contribué à l'expansion du yoga en général dans le monde et aux US en particulier. Pattabhi Jois s'inscrit dans la tradition initiée par son maître Sri Krishnamacharya dans les années 1930 à Mysore. Il a étudié avec B.K.S. Iyengar, tous deux de solides jeunes hommes à l'époque. Le style de cette école est une forme dynamique de yoga postural approprié à de jeunes constitutions. Le cours commence toujours par 15 à 20 minutes d'échauffement comme pour toute pratique sportive de haut niveau. Ensuite les postures sont hiérarchisées en niveau de difficulté, et même pour les postures de premier niveau, il y a des paliers pédagogiques prévus. La prestation finale se fait avec une respiration synchronisée très rapide 2 sec - 2 sec le plus souvent, 3 sec - 3 sec pour les périodes plus calmes de tenue de posture. Inutile de faire des Pilates, du stretching, de l'aérobic, ou de la musculation brûle graisses, avec cette version "Ashtanga Vinyasa Yoga", tout est intégré d'où son succès.

Moyen 5: Pratyahara, l'écoute intérieure

Avant que l'attention, la méditation et la contemplation (les trois derniers moyens de Yoga) puissent être entrepris de façon satisfaisante, il faut trois acquis: que l'attitude juste à l'égard de toutes choses ait été cultivée, que les courants vitaux soient ordonnés en conséquence, mais encore que l'aptitude à subjuguer les tendances qu'ont les cinq sens à se diriger vers l'extérieur fasse l'objet d'un travail.

Afin de bien mettre en avant l'importance de ce cinquième moyen - Pratyahara -, voici ce qu'aiment à dire les enseignants de haut niveau:

    • Sans contrôle des sens... nous sommes distraits,

    • ... Lorsque nous sommes distraits, nous ne pouvons pas nous concentrer,

    • ... Sans concentration, il n'y a pas de méditation,

    • ... Et sans méditation ... il n'y a pas de Yoga!

Quiconque s'est immergé au moins une fois dans une activité prenante a vécu cet acte de retrait du monde. Cette capacité à s'isoler de ce qui se passe autour de soi est Pratyahara. C'est un peu comme si on perdait la trace de tout ce qui nous entoure. Pourtant, de façon naturelle, nous interagissons avec le monde qui nous entoure à travers nos cinq sens. Aussi, toutes ces informations ajoutent des fluctuations à nos pensées et rendent plus difficile le calme de l'esprit, sa mise en cohérence avec l’Ame. Patanjali, dès le deuxième sutra, nous dit que la cessation de la fluctuation de l'esprit est LE point fondamental en Yoga:

  • I.2. Le Yoga est la mise en cohérence des modifications du principe pensant.

Le sutra II.54, nous indique la première étape vers cette mise en cohérence:

  • II.54 Pratyahara, l'écoute intérieure ou retrait des sens, consiste à filtrer les transmissions sensorielles vers le mental.

La méthode consiste donc à empêcher les modifications de la pensée dès le départ: par arrêt des perturbations. Ceci est plus efficace que de supprimer les pensées parasites ensuite. Être capable de se retirer consciemment du monde qui nous entoure nous aide à être capables de trouver la tranquillité d'esprit. Et c'est à travers cette tranquillité d'esprit que nous sommes capables d'obtenir l'illumination (connecter la lumière de l’Ame).

Comme représenté sur le schéma ci-dessous, pour Patanjali, Pratyahara est un pont, une charnière entre les aspects externes du Yoga - Bahiranga Yoga -, et les aspects internes du Yoga - Antaranga Yoga -:

Les 8 moyens du Raja Yoga : Ashtanga Yoga

Cette mise en perspective visuelle des 8 moyens du Raja Yoga - Asthanga Yoga - permet de bien situer chaque moyen dans les processus secondaires: Bahiranga, Antaranga, Vinyasa, Nidra, Samyama, mais aussi de nous rappeler qu'une bonne pratique est comme une bonne pyramide, avec une base solide. (NB: Nous découvrirons les processus Nidra et Samyama plus loin). Cet aspect cumulatif typique de la pyramide nous incite à beaucoup de vigilance vis-à-vis des courants qui n'ont privilégié qu'un moyen. Le risque est, comme pour une construction, que cela ne tienne pas dans le temps, que cela s'effondre à un certain moment, où alors que les bases ne soient pas assez solides pour monter les étages supérieurs. Toujours dans cette approche philosophique existentielle, on peut se demander pourquoi la base de la pyramide n'est pas Niyama et même plus particulièrement les trois des cinq observances clairement énoncées dans le premier sutra de la deuxième partie:

  • II.1 Le yoga de l'action - Kriya-yoga - conduisant à l'union avec l'âme est: Tapas - instaurer une hygiène de vie - , Svadhayaya - étudier le temple intérieur - et Ishvarapranidhanani - lâcher-prise pour évoluer.

Comme nous l'avons vu lors de l'étude de Yama et Niyama, une des principales différences entre ces deux premiers moyens du Raja Yoga est que le premier est tourné vers les autres, vers le reste du monde, alors que le deuxième est tourné vers soi. En mettant Yama en premier, Patanjali insiste ainsi sur le fait que le Raja Yoga est incarné dans le monde réel, celui des autres qui ne font pas de Yoga. Il ne s'agit pas d'une pratique spirituelle désincarnée, loin du monde réel, bien au contraire, la première chose est de vivre avec les autres, d'où le positionnement de Yama - les 8 attitudes vis-à-vis des autres - en première position.

Mais revenons à Pratyahara...

Dune façon courante, on définit Pratyahara comme l'étape où la conscience du yogi est internalisée afin que les sensations des sens: le goût, le toucher, la vue, l'ouïe et l'odorat ne viennent pas perturber le principe pensant - le cerveau gauche cognitif - et laisse la voie aux trois prochaines étapes du Raja Yoga regroupées sous le nom Samyama par Patanjali. On peut dire que l'objectif est d'amener les diverses voies de perception sensorielle à une condition de quiétude.

Cette étape peut être une simple formalité pour certains et un véritable challenge pour d'autres. Par exemple de très nombreux médiums ou hypersensoriels sont naturellement très doués pour vivre le processus méditatif Samyama. Toutefois, ils sont également très souvent sujets à l'hyperacousie par exemple et donc très dérangés par les bruits ambiants. Aussi, d'une façon naturelle, ils vont chercher à mettre en place un lieu de méditation ultra-calme et loin de tout bruit. En Raja Yoga, on ne valide pas cette solution qui est en quelque sorte une fuite de Pratyahara. Aussi, même si cela prend des années, le raja-yogi apprendra à développer cette écoute intérieure qui conduit à l'abstraction des sens alors que, pourtant, le processus suivant - Samyama - est un don chez lui, lui est donné de naissance et donc disponible de suite sans passer par la case "Paryahara"!. Cela peut sembler paradoxal ou inutile, mais il faut se souvenir que les 8 moyens sont un ensemble en interaction dynamique orienté vers un objectif: l'union avec la lumière de l’Ame. Le maillon faible sera toujours la faiblesse du système. Même si les sutras présentent les 8 moyens sous une forme linéaire ou sous une forme pyramidale comme vue ci-dessus, c'est dans un souci pédagogique pour débuter. En réalité pour l'expert, cette linéarité apparente n'existe pas, tout est en interrelation dynamique avec... tout.

Comme souvent dans les sutras, Patanjali nous donne ensuite les résultats attendus si ce moyen est suffisamment maîtrisé. Voici une traduction que l'on trouve couramment:

  • II.55. Tatah parama vasyatendriyanam

  • II.55. Alors s'ensuit la plus grande maîtrise des sens.

Le lecteur attentif aura l'impression d'une tautologie, d'un pléonasme: bien sûr que quand on apprend à maîtriser ses sens, le résultat sera la maîtrise des sens, pas besoin d'un sutra supplémentaire pour savoir ça! Alors où est l'astuce? L'astuce reste toujours la même en Raja Yoga, c'est l'approche holistique (les quatre corps PEMS). En effet, quand nous entendons "maîtrise des sens", nous nous ramenons spontanément aux sens du corps physique, aux 5 sens, alors qu'il faut au contraire élargir notre champ d'investigation afin de le rendre holistique.

Pour mieux comprendre la traduction ou l'affiner, il faut savoir que le mot sanskrit endriya sert de suffixe pour jnanendriya, les facultés de perception, et karmendriya les pouvoirs d'action ce qui nous ramène à une vue très "corps physique" via les 5 sens de perception (vue, ouïe, odorat, goût, toucher) et les 5 pouvoirs d'action (parole, préhension, marche, excrétion, reproduction). Aussi, il faut prendre en compte que endriya à la même racine que indra qui signifie l'aspect actif de Dieu, "la faculté de", "le pouvoir de". Cette facette spirituelle de endriya nous permet d'envisager une vision plus holistique dans l'interprétation de ce sutra et de ne pas se limiter à la maîtrise des 5 sens comme conséquence positive de Pratyahara. Nous allons donc nous intéresser à ce qui se cache au-delà des 5 sens physiques.

En énergétique, derrière chaque sens on trouve ce que l'on nomme "les pouvoirs des médiums". Nous préférerons les capacités extra-sensorielles des hypersensoriels, car le mot "médium" ramène souvent à la communication avec les morts, ce qui n'est absolument pas le propos du Raja Yoga. On nomme ses "pouvoirs" la clairvoyance, la clairaudience, la clairolfaction, la clairgustation et le clairsenti. Certaines personnes sont naturellement clairvoyantes de naissance: elles voient les énergies. D'autres peuvent être nées clairaudientes, elles entendent les informations sous forme de voix, ce qui est extrêmement perturbant surtout dans un milieu où c'est considéré comme pathologique. Il y a aussi les personnes qui perçoivent les émotions (les hyper-empathes), et d'autres qui perçoivent des informations (claircognition ou intuition). C'est de la maîtrise de ses "clairs-sens" que parle le sutra II.55. dont une variante est:

  • II.55. De cela - Pratyahara -, s'ensuit la parfaite maîtrise des sens holistiques, des capacités PEMS ou clairs-sens.

Autrement dit, c'est une notion plus essentielle, plus large que le phénomène physique. Cette conséquence de la pratique de Pratyahra sur la pleine maîtrise des "clairs-sens" est des plus importantes. Comme évoqué ci-dessus, les clairs-sens sont soit considérés comme des pouvoirs soit comme une malédiction, et l'on peut rapidement passer de l'un à l'autre! Dans notre contexte occidental début du troisième millénaire, les clairs-sens qui sont présents dès notre naissance et même dès notre conception, ne sont plus pris en charge par "le chamane du clan". Comme ces capacités extra-sensorielles nous éloignent considérablement de la norme académique, elles sont souvent vécues comme une malédiction à gérer plus qu'une bénédiction à gérer aussi. Et c'est vrai qu'après avoir mis une carapace de protection dans l'enfance, la libération de ces "pouvoirs" pose plus de problèmes qu'ils ne résolvent de solutions. Par exemple, pour les voix dans la tête (clairaudience) de nombreuses personnes doivent avoir recours à des neuroleptiques pour subjuguer le phénomène. Ce sutra II.55. nous dit que Pratyahara - le retrait des sens -, une fois bien installé par une pratique régulière sur les 5 sens communs aura comme conséquence une bonne maîtrise des clairs-sens, ce qui est un point important pour assurer la stabilité psychique du yogi.

Dans le modèle des chakras, on associe généralement les clairs-sens au 3e œil (en lien avec la glande pinéale, l'épiphyse). "L'ouverture du troisième œil" qui est un objectif dans certaines pratiques et une conséquence de la pratique en Raja Yoga, nécessite une bonne maîtrise pour ne pas se retrouver assailli par des pensées, des voix, des visions qui nous dépassent et transforme notre vie en enfer. Etre gêné par les bruits, les énergies, les odeurs n'est donc pas anodin, c'est un signe de faiblesse pour la future maîtrise des clairs-sens. Alors autant apprendre ce retrait des sens, cette écoute intérieure au plus tôt afin d'être sûr d'être prêt le jour où ces clairs-sens seront activés, voire sur-activés.

L'une des pratiques les plus courantes pour Pratyahara est le Pranayama, moyen dans lequel nous nous retirons progressivement de l'externe en nous concentrant tout simplement sur notre respiration. Les connexions avec les sens externes et leurs stimuli sont alors graduellement coupées ou du moins fortement amoindries. On voit ici comment le moyen 4 est le meilleur appui, le meilleur levier pour atteindre la maîtrise du moyen 5. On retrouve cette pédagogie dans tout le Raja Yoga.

Une autre technique courante pour induire Pratyahara est de se centrer sur un sens, comme l'ouïe. Comme l'esprit a une tendance naturelle à errer entre les entrées sensorielles, on lui propose d'observer pleinement un sens, l'ouïe dans notre exemple. L'idée n'est donc plus de ne pas entendre, mais au contraire, de tout entendre, d'être présent à toutes les sources sonores même les plus faibles et les plus subtiles. Même le silence est écouté comme une absence de son, de bruit. Dans cette situation, comme aucune entrée sensorielle n'est significative, l'esprit au bout de quelques minutes se tourne naturellement vers l'intérieur.

Depuis les écrits de Patanjali, et notamment ce dernier siècle, de nombreuses découvertes ont fait évoluer la technologie industrielle bien sûr, mais aussi la technologie sacrée: les outils du développement personnel. Ainsi, le processus Nidra Yoga, celui plus moderne de l'auto-hypnose ou le tout dernier Mindfulness sont-ils aussi de très bons outils pour mieux s'approprier le moyen 5 du Raja Yoga (ainsi que le 6 et le 7).

C'est avec Pratyahara que ce finit la partie II du livre des sutras. La partie III va aborder le processus Samyama avec l'exposé des trois derniers moyens. Comme précisé plus haut, il existe une certaine continuité entre chaque moyen, et le moyen suivant - Dharana, la polarisation de l'attention - ne dérogera pas à la règle.

Moyen 6: Dharana, la polarisation de l'attention

La partie II du livre des sutras se finit avec le cinquième moyen Pratyahara, le retrait des sens. La partie III prend la suite avec Dharana: la polarisation de l'attention. Dharana est un des aspects internes du Yoga (Antaranga Yoga), et la première étape du processus méditatif Samyama: polarisation, méditation, extase. Il est important de se souvenir ici que les 8 moyens sont les 8 éléments du système Raja Yoga et, en ce sens, ils sont en interaction dynamique et donc ils ne sont pas forcément hiérarchisés de façon linéaire ou pyramidale. Pour un "système vivant particulier", comprenez pour une personne singulière, l'ordre optimal des moyens pour arpenter le chemin peut être:

8, 2, 4, 3, 2, 6, 2, 4, 7, 1, 5, 8

et pour une autre personne atypique on aurait:

6, 5, 4, 6, 7, 3, 4, 1, 2, 7, 8.

Afin de rendre transmissible l'enseignement, d'un point de vue pédagogique, il semble logique de privilégier un ordre, de 1 à 8, et des sous-processus 3 à 5 (Vinyasa), 6 à 8 (Samyama).

Les sous-processus Ashtanga

Comme nous allons le voir, certains yogis bien inspirés ont même formalisé un sous-processus Nidra, 5 à 7, qui est des plus performants pédagogiquement parlant. Mais, car il y a un mais, un ordre pédagogiquement valable pour le cerveau logico-rationnel (dit cerveau gauche) n'est pas la panacée universelle pour toutes les personnes plutôt "cerveau droit". La sagesse est de prendre le chemin qui nous convient, qui est le plus structurant pour nous et le plus adapté à qui nous sommes ou tout simplement le plus disponible dans le contexte.

Le mot Dharana est souvent traduit par "concentration" ce qui est juste, mais peut laisser croire que cela se fait en force, à force de volonté Solaire (Yang). Dans le cadre du Raja Yoga qui intègre les deux polarités Solaire et Lunaire, il s'agit le plus souvent d'un effort soutenu, non violent (Lunaire ou Yin). C'est pourquoi nous avons choisi "polarisation de l'attention", mais d'autres préféreront "guidage de l'intention" ce qui également vrai. Au-delà des mots, c'est donc le processus qui est important.

  • III.1. Dharana, la polarisation de l'attention, est le maintien du mental sur un sujet particulier (l'objet de concentration).

Au sens commun, la concentration est une action volontaire, un effort conscient, le choix délibéré de porter son activité mentale sur un objet déterminé. La polarisation de l'attention, en Raja Yoga, c'est la même chose avec un élargissement de l'objet de la concentration à un objet "PEMS", à un objet holistique. L'objet peut bien sûr rester un objet physique, mais aussi une zone de corps, voire un processus énergétique, mental ou symbolique (spirituel). C'est pour cette raison que l'on a préféré, dans l'énoncé du sutra, utiliser "sujet": "...sur un sujet particulier", plutôt que "objet", mais on aurait bien sûr pu dire "objet PEMS".

Dharana étant la première étape du processus méditatif Samyama, nous allons faire un saut vers le sutra III.24. à partir duquel Patanjali évoque les différents sujets de polarisation possibles, juste après avoir exposé les moyens 7 et 8. Aussi découvrons maintenant la nature des sujets possibles afin de mieux s'approprier le "sujet particulier":

  • III.24. Le Samyama sur le sentiment amical, éveille la bienveillance (PEMS).

  • III.25. Le Samyama sur la vigueur de l'éléphant, éveille la force (PEMS).

  • III.27. Le Samyama sur le soleil, éveille la dimension systémique.

  • III.28. Le Samyama sur la lune, éveille la connaissance de l’ordre cosmique et ses cycles.

  • III.29. Le Samyama sur l’étoile Polaire, éveille à la connaissance alchimique des orbites des planètes et des étoiles.

  • III.30. Le Samyama sur le centre de gravité (près du nombril), éveille la connaissance la physiologie du corps.

  • III.31. Le Samyama sur le centre de la gorge, éveille la maîtrise de la faim ou de la soif (PEMS).

  • III.32. Le Samyama sur le canal central "Kurma Nadi", éveille la stabilité (PEMS).

  • III.33. Le Samyama sur la zone de la couronne, éveille la perception des êtres réalisés (spirituels).

  • III.35. Le Samyama sur la zone du cœur, éveille la parfaite conscience du mental.

Nous avons ajouté PEMS entre parenthèses à la fin de chaque sutra dont la traduction courante tend à nous faire oublier que l'approche est holistique: les quatre plans PEMS sont toujours concernés.

Si vous avez déjà vécu le processus Samyama, vous pouvez sans doute vous souvenir que la première étape est loin d'être une grande vacuité! Toutefois, en polarisant l'attention, le flux de pensées se focalise peu à peu sur l'objet de la polarisation et de nouvelles idées, pensées, inspirations relatives au thème choisi naissent spontanément. Le choix du sujet, du thème, de l'objet de la concentration n'est donc pas neutre du tout. Et puisque lors de cette première étape du processus, de nombreuses informations "quantiques", transpersonnelles, akashiques, vont venir nous traverser, autant en profiter pour nous enrichir. Comme vous avez pu le découvrir en parcourant la liste ci-dessus, Patanjali, nous indique de précieuses pistes pour choisir le thème de son Samyama.

Mandala Aum aux 8 pétales

Dans la présentation et l'introduction, nous avons insisté sur le fait que le Raja Yoga est d'avant notre ère et que de nombreux ajouts datent de bien après: du moyen âge, ou du XIXe siècle. Il en est ainsi pour le modèle des chakras qui date du VIe siècle environ (*voir en bas de page). Il ne peut donc y avoir de références aux chakras dans les sutras. C'est pourquoi vous trouverez plutôt le mot zone ou centre. Enfin, pour comprendre "Kurma Nadi" (III.32.), il faut plutôt se rapprocher de l'ayurvéda et ses nadis. Comme nous sommes en dehors du processus purement "santé du corps" de l’ayurvéda, le nadi proposé ici n'est pas un nadi traditionnel, mais alchimique. Dans l'hindouisme, Kurma est la deuxième incarnation de Vishnu qui, sous la forme d'une grande tortue, a porté le monde sur son dos! C'est dire la portée symbolique de ce nadi: vous aidez à porter votre monde sur votre dos. Il consiste en un canal qui permet de faire monter l'énergie du bas vers le haut (comme dans le modèle "Kundalini" si vous le connaissez, ou "Zhong Mai" en alchimie Taoïste). L'idée est d'avoir une belle réserve énergétique dans la zone sacrée (le bassin) grâce aux pratiques, puis de la faire monter vers la zone du cœur par l'intention, voire l'esprit. Ce canal n'existe donc pas chez les non-pratiquants, il n'a pas de support direct dans le corps et se forme à force de pratique en conscience. Quand on est suffisamment avancé sur le chemin, il est possible de continuer le canal vers la zone de la tête. Toutefois, notez bien que la stabilité PEMS évoquée dans le sutra est assurée si l'on fait toujours redescendre l'énergie "en bas" avant de reprendre le cours de la vie. On peut même avancer que c'est le fait de savoir parcourir le canal dans les deux sens, et notamment de savoir le redescendre, qui assure cette stabilité à toute épreuve.

Voyons maintenant deux sutras que nous avons volontairement exclus de la liste ci-dessus. Tout d'abord le III.26. qui nous dit:

  • III.26. En dirigeant le regard intérieur vers le centre lumière de l'objet, on connaît son subtil, son caché, son lointain.

C'est donc le cas classique en chamanisme, on se concentre sur une fleur, une pierre, un objet manufacturé et on découvre son côté caché comme son origine, son vécu, ses propriétés, etc... (Cette faculté est nommée "psychométrie" par les médiums européens).

Pour finir, le sutra III.34. :

  • III.34. Cette connaissance de toutes choses peut être aussi une connaissance intuitive naturelle.

Ce sutra nous rappelle que certains ont un don de naissance qui leur permet de connecter des informations, et même des enseignements complets, sans avoir pratiqué de nombreuses années le Raja Yoga. Toutefois, comme nous le rappelons souvent, en Raja Yoga arpenter le chemin de l'éveil c'est arpenter la Vie via les 8 moyens, le maillon faible étant au final plus important que le maillon fort.

Voilà, nous avons découvert cette activité de l'esprit qui élargit la sphère des expériences et développe la capacité cérébrale: Dharana. Grâce à la polarisation de l'attention, on peut être plus efficace dans le secteur où on l'applique, quel qu'il soit. En Raja Yoga, on peut pratiquer Dharana de différentes façons comme nous l'avons vu, mais aussi sur plusieurs points à la fois:

    • dans la pratique Vinyasa, écoute subtile des sensations, de la respiration, de l'espace intérieur,

    • dans l'assise Samyama, observation du fonctionnement du mental, des pensées qui passent, des espaces sans pensée.

Cette étape, facile pour certains, un vrai challenge pour d'autres est vraiment très riche de retombées. Elle est intégrée dans la plupart des processus performances que ce soit en coaching sportif ou cognitif et c'est aussi une des bases de l'hypnose. Nous allons maintenant continuer la découverte des moyens du Raja Yoga avec les deux autres étapes de Samyama.

* Chakras : C'est dans la tradition Tantrique, entre le VIe et le VIIIe siècle de notre ère que les chakras et la kundalini deviennent des parties intégrantes de la philosophie yoga. Dès le VIe siècle, on rencontre ces cultes Tantriques dans les écoles Shivaïtes ou Shaktistes. Puis on retrouve ce concept "chakras" dans la Yoga Chudamani Upanishad (composée entre le VIIe siècle et Xe siècle) et la Yoga Shikha Upanishad (VIIIe siècle). Côté livre, un écrit datant du Xe siècle et intitulé "Goraksha Shataka" nous fournit des indications sur la méditation sur les chakras. Le principal livre sur les chakras parvenu jusqu'à nous en Occident est une traduction des textes Tantriques réalisée par l’Anglais Arthur Avalon dans son livre "La Puissance du serpent", publié en 1919. Ces textes, le "Shat Chakra Nirupana" écrit par un yogi indien en 1577 et la "Paduka-Pancaka", qui remonte au Xe siècle, contiennent des descriptions des centres chakras et des pratiques relatives.

Moyen 7: Dhyana, la méditation

Si longtemps le Raja Yoga a été assimilé à Dhyana - la méditation -, c'est parce que ce processus purement "cerveau-droit" était inexistant en occident depuis les Celtes et donc terriblement attendu. De nombreuses formes existent maintenant, la forme zen "Zazen", la forme bouddhiste "Vipassana", la forme de Maharishi "Méditation Transcendantale", les formes Taoïstes et bien sûr la nouvelle forme athée "Mindfulness". La bonne nouvelle c'est que toutes ces formes de méditation actuelles sont "100% compatible Raja yoga". De plus, comme toutes ces formes de méditation sont excellentes, suivre un cursus d'initiation peut être intéressant pour toutes personnes voulant découvrir la méditation dans un cadre "école" structurant.

Mais découvrons tout de suite la définition de la méditation donnée par Patanjali dans le cadre du Raja Yoga:

  • III. 2. La polarisation de l'attention (Dharana) en un flot ininterrompu est la méditation (Dhyana)

C'est donc tout simplement le prolongement de l'étape précédente. On peut dire que dans la concentration, c'est plutôt le mental qui est sollicité, et dans la méditation, c’est la conscience profonde: "être". Dans le cadre du processus Samyama, Dhyana est la suite logique et pédagogique de Dharana. De même ce septième moyen sera le prérequis pour la dernière étape Samadhi, le huitième moyen. Nous approchons ici de l'objectif opérationnel du Raja Yoga, annoncé dès le deuxième sutra de la première partie:

  • I.2. Le Yoga est la sujétion des modifications du mental.

  • I.5. Les modifications du mental sont de cinq sortes, elles sont douloureuses ou non douloureuses.

Le mental désigne ici le principe pensant, le "cerveau-gauche logico-déductif", mais également l'Ego. C'est l'Ego qui "par définition" crée la douleur, la souffrance. En effet, comme l'a si bien exposé Eckhart Tolle, l'Ego peut être vu comme une structure mentale qui déclenche en nous de la souffrance psychique. Celle-ci va se décliner en souffrance émotionnelle puis au final, en souffrance physique. On peut aussi dire que l'Ego est cette petite voix dans la tête qui n'arrête pas de comparer, juger, culpabiliser, dévaloriser ou survaloriser, ... : et tout ceci commence bien par une pensée, une modification du mental!

Processus Samyama et Nidra en Raja Yoga

Relatif aux modifications du mental, deux possibles existent, avec douleur (Ego) ou sans. Aussi la sujétion des modifications du mental va-t-elle nous permettre d'éviter les douleurs liées à nos pensées:

  • II.16. La douleur à venir peut et doit être évitée.

  • II.11. Les perturbations mentales (modifications douloureuses) peuvent être évitées par la méditation - Dhyana -.

  • IV.6. Parmi les formes assumées par la conscience, ce qui est le résultat de la méditation - Dhyana - est seul affranchi du karma latent.

Comme on peut le voir à travers ces sutras, la clef est Dhyana la méditation, cet état où l'Ego n'a pas de prise. Dhyana génère certes des pensées, mais des pensées de Vie, des formes de pensées non duelles donc affranchies de karma immédiat ou lointain et de ses souffrances associées. Aussi la pratique journalière de la méditation est le meilleur garant d'un futur écologique, structurant, spirituellement connecté, et on comprend pourquoi le Raja Yoga est intimement lié à la méditation dans l'esprit des yogis ou des personnes en développement personnel.

Comme dit plus haut, il n'y a pas de mauvaise pratique méditative, ni de mauvaise méthode. En revanche, rien n'étant universel, il existe des méthodes qui ne sont pas adaptées à tous et des pratiques qui n'ont pas d'impact spirituel sur certains. L'approche holistique PEMS nous permet de comprendre que certaines pratiques ayant l'étiquette "méditation" vont relaxer le corps, d'autres apaiser l'émotionnel, d'autres encore calmer l'esprit, ce qui est bien sûr un avantage certain dans la vie de tous les jours, mais n'est pas l'objectif de Dhyana. Dhyana - la méditation du Raja Yoga - a un objectif spirituel, existentiel, un objectif d'Eveil. Les autres moyens sont là pour assurer la paix et le calme dans les autres plans. Patanjali donne comme mode d'emploi de la méthodologie "Dhyana" de tout simplement prolonger Dharana. Mais si l'on a besoin de plus de méthodologie, puiser dans toutes les méthodes à notre disposition en ce début du troisième millénaire est une excellente stratégie. Ce qu'il faut vérifier, ou faire vérifier par une personne compétente, c'est si votre pratique est bien active dans le plan espéré (Spirituel non égotique pour le Raja Yoga).

Pour terminer cette analyse des modifications du mental qui peuvent être si facilement douloureuses, découvrons le "modèle Patanjali":

  • I.6. Ces modifications sont la déduction juste, la déduction incorrecte, l'imagination, le sommeil (Nidra) et les souvenirs.

De ces cinq modifications, les deux premières ne seront pas utilisés en Raja yoga, car elles créent quasiment toujours de la douleur, de la souffrance. En effet, philosophiquement parlant, toute déduction juste dans un cadre logique pouvant être incorrecte dans un cadre métaphysique (et vis et versa), la déduction est à éviter en Raja Yoga. On peut même dire que le but du Yoga de Patanjali est d'abolir les expériences issues de l'erreur logique ou de l'erreur métaphysique, et de les remplacer par une "expérience" enstatique, suprasensorielle et extrarationnelle grâce au Samadhi (8e moyen). D'autre part, on sait maintenant grâce aux neurosciences, que lors d'une déduction, le biais cognitif, spécialité de l'Ego, rend la déduction soit incorrecte, soit juste, mais avec douleur (cf dissonance cognitive ou l'art de la mauvaise foi en toute bonne foi). Reste donc comme matière d'oeuvre les trois derniers items:

    • l'imagination y compris l'imaginal qui a une portée de vécu symbolique,

    • le sommeil yogi donc non ordinaire, et

    • les souvenirs y compris inconscients.

Si du temps de Patanjali on ne savait pas ou peu utiliser ces trois modifications dans un but constructif et non-douloureux, en revanche, ce dernier siècle nous a donné d'innombrables clefs d'accès, notamment C.G. Jung et sa psychologie des profondeurs. C'est donc en complétant le savoir antique du Raja Yoga et sa sagesse, par les outils et méthodes mises au point ce dernier siècle, que nous allons vous proposer maintenant un processus Yoga Nidra version "Rêve Éveillé Libre". Il s'agit donc d'une proposition qui intègre la psychologie transpersonnelle Jungienne et ses ramifications et qui vient enrichir, nous l'espérons, le Raja Yoga du Verseau.

Les profondeurs de l'inconscient...

L'idée est d'utiliser les nouvelles connaissances expérientielles sur le subconscient, l'inconscient collectif, les états modifiés de consciences et bien sûr sur l'Ego, pour utiliser pleinement l'état "Dhyana" comme véritable outil de clarification de notre psyché, pour purifier notre canal de connexion à notre Ame.

A la lecture des définitions sutras I.7. à I.11., on peut comprendre qu'à l'époque de Patanjali toutes les modifications du mental étaient soit redoutées, soit à sur-maîtriser, mais pas à utiliser comme matière d'oeuvre:

  • I.7. La déduction juste s'obtient par inférence à partir de connaissances directes (vécus) ou indirectes mais vérifiées (témoignages).

  • I.8. La déduction incorrecte est basée sur l'illusion et non sur la conscience profonde.

  • I.9. L’imagination repose sur des images qui n'ont pas d'existence réelle.

  • I.10. Le sommeil a pour base l'inactivité du mental.

  • I.11. La mémoire est le non-abandon d'un objet déjà expérimenté.

Il faut donc se baser sur des définitions plus récentes pour mettre en place un nouveau processus conforme à l'esprit du Raja Yoga:

  • imagination créatrice, imaginaire qui intègre les archétypes de l'inconscient collectif, imaginal et son pouvoir de co-création symbolique

  • sommeil ordinaire du corps physique, durant lequel le cerveau ne répond à aucun contact sensoriel, mais aussi non-ordinaire comme le Samadhi ou le sommeil du Yogi, résultant du retrait conscient de la conscience ou encore sommeil paradoxal comme les états modifiés de conscience.

  • mémoire à court, moyen et long termes de ce qui a été conscientisé ou non, donc mémoire de tout ce que nous avons vécu de façon consciente, inconsciente ou que nous avons refoulé.

Le sutra II.16. vu ci-dessus nous annonce que la souffrance d'incarnation liée à l'Ego - la structure mentale que l'on nomme aussi "corps de souffrance" - peut et doit être évité et que Dhyana est un excellent moyen (II.11.) et sans effet de bord karmique (IV.6.). En dehors des méthodes méditatives reconnues comme valables pour expérimenter le processus Dhyana (Zazen, Vipassana, MT, Mindfullness, ...), il existe des techniques moins connues, mais très efficaces sur certains points. C'est le cas du Yoga Nidra ou de sa version moderne: Rêves Éveillés Libres qui s'appuient sur les nouvelles connaissances liées au pouvoir de l'imagination, aux états modifiés de conscience et à l'existence de programmes pathogènes totalement inconscients, mais bien présents dans notre mémoire et actifs à l'insu de notre plein grès. L'aspect développement personnel, thérapeutique même n'échappera à personne.

Le processus Yoga Nidra fut reformalisé par Swami Sahyananda en 1962 en s'appuyant sur une ancienne technique Tantrique. Il est souvent traduit par Yoga du sommeil ce qui peut prêter à confusion. Le processus peut être vu comme l'enchaînement des moyens 5, 6 et 7 du Raja Yoga (voir schéma plus haut). Il s'appuie sur l'état "Nidra" défini dans le sutra I.10. et sur la proposition du sutra I.38.:

  • I.10. Nidra est une modification du mental qui se produit quand ce dernier abandonne son activité sur tous les objets réels de sens.

  • I.38. La stabilité du mental - la paix - peut aussi s'obtenir en méditant sur la connaissance qui se présente dans un rêve.

Repris avec succès par la sophrologie, ce Yoga n'est pas destiné uniquement à bien dormir même si sa pratique améliore considérablement la qualité du sommeil. Ce Yoga, comme nous allons le découvrir, va permettre de travailler sur soi sans aucune conséquence négative, souffrance ou karma, car il permet de vivre un processus Dhyana (Cf II.11. et IV.6.). Au départ du Yoga Nidra (1962) et de ses applications en sophrologie (Dr. Alfonso Caycedo 1960), l'état cérébral de travail pendant le processus "Nidra" était un état "Alpha", un état sophroliminal juste à la porte du sommeil (Le mot Alpha vient du nom des ondes cérébrales que l'on repère sur l'électro-encéphalogramme). Depuis grâce à notamment l'hypnose, la programmation neurolinguistique (PNL) et récemment les neurosciences, on s'est aperçu que l'état Alpha n'était pas le seul utilisable, et que l'état Delta était bien plus proche de que l'on peut observer chez un moine méditant Tibétain expérimenté. L'état Delta n'est pas un état de somnolence, mais au contraire un état de pleine vigilance Lunaire, Yin, Zen. D'où l'idée de faire du Yoga Nidra non plus en Alpha, mais en Delta...

En parallèle, en 1938 Robert Desoille va formaliser la technique du rêve éveillé dirigé (RED), une approche thérapeutique plus proche de l'hypnose que de la psychanalyse, qui va offrir de nouvelles possibilités thérapeutiques. Cette technique va s'enrichir dès 1970 grâce Georges Romey (élève de Desoille) et son rêve éveillé libre (REL). Romey expérimente que, lors du rêve éveillé (état Delta), la non-intervention de la part du thérapeute donne des résultats encore plus précis et plus spectaculaires que le rêve éveillé dirigé. Il choisit de laisser le patient s'exprimer librement. Pour lui l'inconscient a un objectif: le développement de l'individu et il apporte tout ce qu'il faut au moment approprié pour favoriser cette évolution y compris au niveau transpersonnel. Romey va mettre ainsi en avant le potentiel thérapeutique qui est possible avec cette technique qui permet de résoudre des problèmes et des blocages psychiques en déclenchant un processus de transformation grâce aux symboles.

Contrairement à la méditation classique Dhyana qui peut se pratiquer seul, le Yoga Nidra comme le rêve éveillé nécessite un facilitateur, un instructeur ou un maître. Il faut donc être deux. Celui qui aide doit avoir un bagage technique suffisant, bagage qu'ont la plupart des professeurs de Yoga Nidra et les thérapeutes humanistes. Notons toutefois pour les instructeurs de Nidra Yoga, sophrologues, hypnothérapeutes, ... que dans cette version "Raja Yoga", il s'agit d'un rêve éveillé libre, la personne évoquant à haute voix son voyage*. C'est bien sûr une contrainte de trouver un accompagnateur car peu de personne sont formées, en revanche, comme ce n'est pas une pratique journalière, il peut être plus facile de trouver cette personne. Une fois par semaine pendant 9 mois est une bonne pratique complémentaire à Dhyana classique.

Il est important ici de bien comprendre les enjeux, car, comme dit plus haut, avant notre ère tous les problèmes liés à l'inconscient étaient peu ou mal cernés. Le principe est la clarification du canal spirituel. Jung a clairement mis en évidence que l'accès au spirituel - au Soi, au Transpersonnel, à quelque chose de plus grand que soi, à l’Ame - était un chemin miné, ces mines étant tout simplement tous les programmes inconscients que nous avons mis en place dans notre enfance pour nous adapter, pour réduire notre souffrance. Et souvent, malheureusement la solution a été d'ajouter des dissonances cognitives hautement perturbatrices sur le chemin de l’Ame. Ces programmes pathogènes, s'ils étaient utiles dans notre enfance, deviennent de véritables handicaps pour l’accès à l'Eveil. Un travail de déprogrammation ou de reprogrammation est donc nécessaire. Bien sûr toutes les thérapies humanistes permettent ce type de travail, mais le "Nidra Yoga non dirigé en état Delta" - ou rêve éveillé libre - est dans la ligne directe du Raja Yoga puisque méditation. Méditation paradoxale certes, mais entièrement conforme aux critères énoncés par Patanjali pour Dhyana et avec tous les avantages que nous avons vu plus haut.

En ce début du troisième millénaire, une approche Dhyana s'appuyant sur le processus Nidra en état Delta, pour un travail de clarification de l'inconscient est donc possible. Le rêve éveillé libre est 100% compatible Raja Yoga et notamment Nidra Yoga. Il a l'inconvénient de nécessiter un accompagnateur formé, mais permet d'éviter les pièges de l'Ego et clarifie notre canal. C'est donc un plus certain pour l'union avec l’Ame, pour le Yoga.

Bien sûr, il s'agit ici d'une simple proposition, une possibilité d'extension du Raja Yoga.

Si vous êtes intéressé par cette approche, comme dit précédemment, une formation de base est nécessaire, mais si c'est déjà acquis, vous trouverez en bas de page les points techniques clefs de ce "Nidra Yoga du Verseau".

* Petit complément technique sur le Rêve Éveillé Libre (REL)

Prérequis: En plus d'être yogi, vous avez suivi une initiation ou une formation en Nidra Yoga ou en Sophrologie ou en Hypnose ou en PNL ou ... , bref vous savez guider un processus cerveau-droit de type Rêve Éveillé Dirigé (RED).

Différence entre le RED et le REL: En groupe, Yoga ou Sophrologie en général, on est obligé de faire des RED, il y a un scénario et on le suit, on emmène le groupe avec nous. En Hypnose ou en PNL souvent aussi il y a un scénario type ou du moins une ligne de conduite. En REL il n'y a pas de scénario, pas de fils conducteur, le rêvant avance tout seul en vous racontant à haute voix ce qu'il vit et comment il le vit (en Yoga il s'agit donc d'un cours particulier).

Grande ligne du processus: Comme l'état alpha n'est pas nécessaire, on peut commencer par une dizaine de respirations circulaire puis enchaîner sur la semence, l'image clef de départ. Cette semence peut être un objet déterminée par biotesting (Nadi Pariksha par exemple) ou alors le début du scénario que l'on utiliserait habituellement (le début du RED). Ensuite c'est le rêvant qui à la main et qui laisse l'histoire se construire au grès des images qui lui apparaissent spontanément et avec facilité. Comme il s'agit officiellement d'un rêve, tout est autorisé: de l'utilisation de matériaux audiovisuel de la vie de tous les jours, aux dessins animés de type Alice au pays des merveilles ou des cartoons de Tex Avery! L'accompagnement consiste à écouter le rêvant et si besoin, l'aider en posant des questions sur le rêve: la couleur de la table, l'odeur de la pièce, les bruits environnent, ... Si le rêvant rencontre une difficulté anxiogène, l’accompagnant l'aide à trouver une ressource à ajouter au rêve. Le rêve dure 20 à 40 minutes en fonction de l'intention posée au départ par l'accompagnant. On arrête de préférence le rêve sur un ressenti positif et structurant. Il est possible de reprendre l'image finale comme image de départ lors de la prochains cession.

Moyen 8: Samadhi, la contemplation transpersonnelle

Commençons par la définition:

  • II.3. Lors de la méditation - Dhyana - quand il n'y a plus que la conscience de l'objet et non plus de soi (notre mental), elle devient Samadhi, la contemplation transpersonnelle, une enstase plutôt qu'une extase.

Samadhi c'est l'aptitude à devenir un avec l'objet perçu, la nature par exemple. C'est l'établissement de la pleine conscience, de la pleine présence, de l'état d'unité, de l'équanimité avec l'objet choisi comme support. En Samadhi la conscience rejoint l'Absolu, l'Union avec l’Ame et le grand tout, alors qu'en Dhyana il y avait encore une certaine dualité dans la perception. Cette connexion à quelque chose de plus grand que soi, en ne se sentant pas dissocié, mais au contraire "faisant partie de", est un état modifié de conscience transpersonnel. Il peut se produire spontanément dans notre enfance ou notre adolescence notamment avec la nature. Connaître au moins une fois ce sentiment océanique comme le nomme Romain Rolland, est une grâce qui nous permet de garder une ferme conviction interne pendant des décennies pour arriver à retrouver cet état de Samadhi en toute conscience. Le vivre une fois permet de mettre de côté tous les doutes de l'Ego, et, surtout en France, les doutes liés à la remise en cause des autres, car "non scientifiquement validé".

Cette connexion spirituelle directe avec la nature, ce type de Samadhi, est connue depuis la nuit des temps par les chamanes et tous les continents. Par exemple, l'Ayahuasca le célèbre breuvage qui met en état modifié de conscience, en transe chamanique, est un assemblage de 10 plantes parmi 30 elles-mêmes parmi 1000 possibles dont de nombreuses mortelles. Donc soit l'Ayahuasca est mis au point par approche scientifique et il faut des milliers d'expériences avec beaucoup de mortalité, soit les chamanes se sont connectés à la nature et sa connaissance pour en déduire la recette alchimique. Le point intéressant c'est que le Samadhi avec la nature est un préalable à l'établissement d'un breuvage aidant. En Raja Yoga, on n'utilise pas d'apport extérieur de pharmacopée, on établit la connexion par l'effort soutenu et la pratique régulière, donc en pleine conscience.

Voyons les informations complémentaires que nous donne Patanjali en relation avec le Samadhi:

  • III.4. L’accomplissement des trois moyens - Dharana, Dhyana, Samadhi - est le Samyama (polarisation de l'attention, méditation, contemplation).

  • III.5. Par sa pratique apparaît la lumière de la sagesse (la connaissance transcendante).

  • III.6. Sa progression est graduelle, étape par étape.

Le sutra III.5. nous dit qu'au fur et à mesure de la pratique de Samyama, s'installera la sagesse souvent traduite par "connaissance". Attention ici de bien remettre le mot "connaissance" dans son contexte d'origine et non dans un contexte universitaire de l'an 2000. Il s'agit de la connaissance de ce qui est, de la véritable nature des choses, de sortir de la grande illusion. Tout est déjà là, juste on ne le voit pas.

Le sutra III.6. nous rappelle que, pour la grande majorité d'entre nous, l'Eveil n'est pas une illumination soudaine, spontanée: c'est le résultat d'un cheminement long et avec effort. Même si nous avons connu l'état de Samadhi une fois ou quelques fois, savoir y revenir en conscience puis s'y maintenir demande un grand travail, beaucoup de persévérance et d'efforts.

  • III.7. Ces trois pratiques sont bien plus intérieures que les précédentes,

  • III.8. Mais sont encore extérieures par rapport à l'étape ultime "sans semence".

Comme nous l'avons vu dans un graphique précédent, on peut voir les trois derniers moyens comme internes - Antaranga - par rapport aux autres qui sont externes - Bahiranga -. Le Bahiranga est accessible à toutes et à tous pour leur plus grand bien. En revanche l'Antaranga est plus impliquant, demande plus d'engagement, demande plus d'investissement. Il demande d'avoir une quête existentielle. D'un point de vue pédagogique ou communication, il est important de se souvenir de ce sutra III.7. et de n'aborder la partie Antaranga qu'avec des personnes prêtes ou ouvertes.

Enfin le sutra III.8. nous indique que tout le processus que nous venons de décrire est un processus "avec semence". Il y a un objet de médiation au départ conceptuel ou réel: le sentiment amical, la vigueur de l'éléphant, le soleil, la lune, l'étoile Polaire, notre centre de gravité, le centre de la gorge, le canal central "Kurma Nadi", la zone de la couronne, la zone du cœur, la nature, une fleur, une roche... Le Samadhi ainsi obtenu est nommé Sabija Samadhi - contemplation transpersonnelle - et c'est le fruit que peut cueillir tout yogi. Toutefois comme il nécessite une semence, un support de méditation, il est externe vis-à-vis d'un Samadhi sans semence. On nomme ce dernier Nirbija Samadhi. Il n'y a pas de progression pédagogique pour arriver à cette contemplation sans semence. Elle arrive avec la pratique, mais surtout avec le lâcher-prise, il ne faut pas vouloir, juste, un jour ça arrive... si ça doit arriver. Cette méditation sans semence fut un énorme mythe urbain en occident à l'arrivée de la pratique Zazen via une pédagogie inadaptée (1970). Le "on ne pense à rien", on "fait le vide", a laissé à penser que la méditation sans semence était à la portée de tout le monde, et même la seule "vraie méditation!". Bien sûr il n'en est rien, et la pédagogie du MBSR du Mindfullness est bien plus efficace et adaptée à l'occident et utilise des "semences".

Les expériences de Samadhi sont souvent décrites comme des moments où notre conscience s'élargit, s'intensifie. Nous transcendons sans effort de volonté les soucis qui nous préoccupent normalement et ressentons un sentiment d'exaltation ou de sérénité. Souvent les perceptions du monde autour de nous deviennent plus vives, et nous pouvons ressentir un sentiment de connexion à la nature, à d'autres êtres humains ou même à l'univers entier. Nous ressentons ce qu'est un état d'Amour inconditionnel ou de compassion ou de ... peu importent les mots, c'est un sentiment fort, qui transcende un état limité, et qui donne accès à une conscience devenue plus authentique. A des intensités plus élevées d'expériences de Samadhi, nous pouvons même sentir que nous avons perdu notre sens normal de l'identité et que nous sommes devenus un avec le monde entier.

Cependant, la chose la plus importante à propos des expériences de Samadhi, d'Eveil, de conscience Transpersonnelle, va être leurs conséquences. Même si elles sont généralement de très courte durée (de quelques instants à quelques heures), elles ont souvent un effet qui change la vie. Beaucoup de personnes ont décrit une expérience d'Eveil comme le moment le plus important de leur vie, rapportant un changement majeur dans leur point de vue sur la vie et dans leurs valeurs. "Un seul aperçu du ciel suffit à confirmer son existence" nous disait A. Maslow un éminent fondateur du mouvement transpersonnel. Dans une étude de 2017 sur 90 expériences dites d'éveil, les deux effets secondaires les plus significatifs ont été d'une part un plus grand sentiment de confiance, de confiance en soi et en la Vie, et d'autre part une vue plus optimisme du Monde. Cela montre que les expériences de Samadhi, d'Eveil, Transpersonnelles ont un puissant effet thérapeutique. De plus la transformation est durable, dix ou vingt ans plus tard les personnes témoignent toujours dans le même sens.

En conclusion, restons humble et acceptons que le Samadhi avec semence soit la première marche de l'Eveil, si et seulement si, il est pratiqué avec les 7 autres moyens. Alors le voile se lève progressivement et on peut ainsi aimer "ce qui est", tout simplement. L'Eveil permet de dire oui à la Vie telle qu'elle est, et de la cheminer avec joie et enthousiasme, et c'est ça qui rend heureux notre cœur et notre Ame.

L'Union réalisée

En guise de conclusion partielle, puisque nous sommes arrivés à la huitième étape de ce processus non-linéaire "Ashtanga Yoga", il peut être intéressant de revenir sur la stratégie de libération de l'Ego mise en place par le Raja Yoga.

Tout d'abord le Raja Yoga part du principe de travailler le terrain plutôt que de proposer des actions correctives. Au début de la partie II, Patanjali nous donne la clef du "pourquoi la souffrance", pourquoi l'Ego crée de la souffrance, tout simplement par ignorance - Avidya - et non par méchanceté :

  • II.3. Les 5 causes de souffrances sont : l'ignorance (Avidya), l'identification (Asmita), le désir (Raga), l'aversion (Dvesha) et l'attachement à la vie (Abhiniveshah)

  • II.4. Avidya - l'ignorance - est à l’origine des autres causes de souffrance, qu’elles soient dormantes, atténuées, intermittentes ou pleinement actives

  • II.9. Abhinivesha - l'attachement à la vie, la peur de la mort - est le puissant désir de vivre et domine même les sages

Dans la cosmogonie hindoue, Avidya est "la mère de l'univers manifesté", c'est comme le péché originel des chrétiens. Au départ il faut ce voile, cette non-connaissance pour que le chemin de mise en conscience dans l'incarnation commence. C'est donc la cause de toutes les causes, mais en même temps une nécessité absolue pour pouvoir arpenter le chemin d'incarnation tout au long des millénaires.

Ensuite tout est suite logique, Avidya cause Asmita, le fait pour l'humain de s'identifier avec ses véhicules, le fait, lorsqu'il agit par l'intermédiaire de son corps physique de dire "j'agis", lorsqu'il éprouve une modification de son corps émotionnel de dire "je sens", et lorsqu'il produit des modifications de son corps mental de dire "je pense". Asmita devient alors la source des trois obstructions énumérées ensuite: le désir (Raga), l'aversion (Dvesha) et l'attachement à la vie (Abhiniveshah). Notons que pour cette dernière source de souffrance, le sutra II.9. nous indique que même les plus sages y sont soumis.

Le sutra II.4. nous rappelle que les "Kleshas", les souffrances, peuvent être à l'état latent, subtil, épisodique ou continu. Avec d'autres mots, on peut dire que les souffrances peuvent être inconscientes et contextuelles. L'absence de souffrance apparente à un instant "t" est donc une bonne nouvelle en soi, mais pas forcément le fait que "tout" est résolu. La vigilance est nécessaire tout au long de notre vie. Aussi faut-il que cette vigilance soit Lunaire, Yin, No-stress sinon, on ne tiendra jamais la distance. Il s'agit juste d'un effort soutenu, sans stress, et les pratiques sont là pour nous permettre d'installer ceci.

Revenons à Avidya - l'ignorance -, c'est bien sûr une conception erronée de la nature des choses, mais non volontaire, juste consécutif au fait que l'homme ignore qui il est, quelle est sa propre source de Vie. On ne peut donc en vouloir à l'Ego d'être dans l'ignorance, comme pour un jeune enfant, nous ne pouvons que l’accueillir et en prendre soin. Une fois l'Ego accueilli - en thérapie on dira renarcissisé, en coaching on dira qu'on a reconnecté l'estime de soi - il faut bien sûr l'éduquer, mais avec une pédagogie Yin, Lunaire, No-stress. Toutes les nouvelles découvertes en neurosciences de ces dernières années nous le disent, une pédagogie qui permet un changement, une éducation durable, passe par la joie, le jeu, le no-stress. Il ne s'agit donc pas d'une éducation "dure", à la baguette avec des punitions sans rapport avec les faits. Non, c'est une éducation d'union, de faire avec, c'est l'adulte qui sait et il montre l'exemple ou fait avec l'enfant. On peut facilement concevoir que toutes ces notions n'étaient pas ou peu formalisées avant notre ère. Aussi, la méthode du Raja Yoga est-elle surtout basée sur le travail du terrain. Sur un terrain bien préparé:

attitudes+observances+pratiques à médiation corporelle+respiration+processus méditatif,

l'Ego est remis à sa juste place, il ne peut pas prendre le pouvoir et devenir un enfant tyran, un despote interne. On réduit ainsi le karma immédiat dû à nos pensées puisque celles-ci sont non-duelles, car issues de l'état méditatif Dhyana.

Si nous voulions trouver un mot de vocabulaire moderne pour désigner l'approche Raja Yoga, nous pourrions choisir Bodyfulness. En effet dans Mindfulness, on se positionne un peu comme un esprit qui observe un corps. Aussi pour mettre en avant la conscience cellulaire, Bodyfulness a l'avantage de centrer notre attention vers le corps donc le "j'expérimente" et non vers l'esprit le "j'ai tout compris". Ce n'est bien sûr qu'une proposition conjoncturelle, un vocabulaire pour décloisonner notre mental et donner plus d'ouverture sur notre expérience incarnée de ce processus holistique Raja Yoga.

Conclusion

Voilà, nous avons parcouru les 8 moyens du Raja Yoga qui permettent, en synergie, de repositionner l'Ego et de mieux connecter son Ame. Patanjali, à travers la formalisation du Raja Yoga en 195 sutras ou aphorismes (affirmations concises, faciles à mémoriser, transmises de professeur à élève), nous permet de mieux comprendre le sens, l'intention, la philosophie de cette approche multimillénaire qu'est le Raja Yoga. Il nous incite à la fois au Kriya Yoga le yoga de l'action - instaurer une hygiène de vie, étudier le temple intérieur, lâcher-prise pour évoluer- et à l'Ashtanga Yoga une méthode en 8 points pour réaliser la transformation Alchimique. Peu à peu, par une pratique journalière et un effort soutenu, mais non violent, le raja-yogi peut maîtriser son esprit, ses émotions, et transcender les obstacles à son évolution spirituelle pour atteindre le "Kaivalya", l'Union avec l’Ame, le Divin, le Tao, l'Energie de Vie, .... L'Eveil est ici un état d'incarnation en pleine conscience, un état ou l'on voit la réalité du grand plan tout en lui disant "OUI", en disant "oui à la Vie". Le voile se lève et on aime ce qui est, les pensées de l'Ego qui créent du karma immédiat sont progressivement remplacées par des pensées non-duelles issues de l'état méditatif ou transpersonnel. La joie et le bonheur de l'incarnation sont là!

Les Yoga-Sutras de Patanjali

Nous n'avons pas commenté ici les 195 sutras, mais seulement ceux qui permettent d'être opérationnel, de pratiquer dans un esprit adéquat, avec une intention structurante. Il peut sembler logique à l'aspirant raja-yogi de se dire que la lecture de tous les sutras est la suite... logique. Peut-être, mais il faut savoir que le texte le plus important du Yoga est la Bhagavad-Gita, et non les célèbres Yoga-sutras de Patanjali. Bien sûr, il n'y a aucun désaccord entre le Gita et le Yoga-sutra! En dehors de la Bhagavad-Gita, les Yoga-sutras reposent sur l’école Samkhya, une école orthodoxe de la philosophie indienne. Il est donc possible d'aller plus loin en Raja Yoga soit en s'imprégnant plus de la culture hindoue, soit effectivement en étudiant plus à fond les sutras: je conseille alors l'étude comparée de Cédric Métal.

Que trouverez-vous en parcourant les autres sutras? Le livre est en quatre parties, dans la partie I "Samadhi Pada", Patanjali nous explique ce qu'est le Yoga, en quoi son objectif est de calmer les automatismes de la pensée pour permettre à la conscience profonde de se révéler et de nous ouvrir ainsi l'accès à la Vie. Dans la deuxième partie, "Sadhana Pada", il nous indique les moyens pratiques pour créer les conditions dans lesquelles cet état d’unité peut exister. C'est cette partie qui présente les 5 premiers moyens. Dans la troisième partie, Vibhuti Pada, Patanjali nous livre les trois derniers moyens pour parvenir à ces états supérieurs de conscience. Il décrit l’état heureux, les manifestations de puissance et d'énergie qui sont le résultat de l’action juste, grâce à un mental déconditionné. Enfin, la quatrième et dernière partie, "Kaivalya Pada", traite de la libération, de l’émancipation du yogi.

Ensuite, comme continuité de lecture, côté pratique, il y a le "Mémento de la Vie anti-stress", un support complet en Vinyasa. De plus il aborde la mise en sens symbolique du choix des postures pour la respiration, en donnant des exemples issus de la vie courante. Vous y trouverez donc de quoi pratiquer sans instructeur. Bien sûr un cours hebdomadaire avec un enseignant sera un excellent complément, voire une base incontournable si l'autodiscipline n'est pas votre point fort ou si vous êtes un vrai débutant.

Bonne pratique de ce "Yoga royal" qui fera de vous le roi de votre temple intérieur.

Choix de notation

Le choix a été fait de ne pas mettre les accents: Aṣṭāṅga, rāja-yoga, Patañjali, Āsana, âsana, Prāṇāyāma, prânayama, prânâyama, pratyāhāra, dhāraṇā, dhāraṇā , dhyâna, samādhi, sûtra, sūtra, Bhagavad-gītā, ....

Ceux-ci aide à la prononciation, aussi nous vous proposons de vous reporter au site Tilakpyle.com qui vous montre les mots en sanskrit, en traduction accentuée et en audio.

Au niveau des tirets et majuscules, nous avons fait les choix suivants: Yoga-sutras, raja-yogi, Raja Yoga, Hatha Yoga.

Enfin les deux figures récurrentes sont: La pyramide des 8 moyens et le Modèle PEMS

Annexes

Pour aller plus loin...

Comment adapter sa pratique au Raja Yoga?

Si les sutras de Patanjali donnent toutes les directives, toutes les intentions, toutes les lignes directrices pour le Raja Yoga, en revanche aucune méthode précise n'est décrite, de même aucun exercice n'est exposé de façon opérationnelle. Si les détails techniques ne font pas partie des sutras, c'est que de nombreux outils et méthodes peuvent être utilisés... à condition bien sûr de respecter le cadre décrit par Patanjali. Le point clef est de se mettre en cohérence avec les deux facettes du but du Yoga: l'UNION avec notre Ame et le recadrage de l'Ego. Aussi quelque soit la technique que l'on utilise: Hatha Yoga, Qi-gong, Zazen, sophrologie, Vinyasa yoga, ... pour chaque exercice il faudra vérifier s'il tend bien vers plus d'union avec notre être intérieur transpersonnel et amène bien l'Ego à ne pas utiliser notre potentiel pour plus de pouvoir ou de souffrance.

Par exemple, pour les deux premiers moyens, si vous pratiquez déjà les quatre accords toltèques, ou les attitudes bouddhistes, ou une autre approche spirituelle, il est facile de garder votre cadre éthique actuel et ses pratiques associées. Une simple analyse comparative mettra tout de suite en évidence les manques et les surplus, ensuite inspirez-vous des sutras pour affiner votre approche et vos méthodes et outils: "à votre façon".

Au niveau de la méditation, nous pouvons utiliser toutes les méthodes modernes et anciennes, il suffira de les intégrer dans le processus général Asthanga puis dans le sous-processus Samyama. Souvent les personnes trouvent très facile d’adapter leur pratique méditative aux consignes de Patanjali pour le sous-processus Samyama. En revanche, elles oublient qu'en Raja Yoga, la méditation n'est qu'un élément qui doit être mis en interaction dynamique avec les autres! Aussi, s’asseoir pour méditer alors que nous n'avons pas au préalable régulé et réharmonisé l'énergie est inutile puisque nous n'avons "rien de nouveau à transmuter". Sous peine d'avoir une pyramide qui "flotte" dans les airs, non incarnée, il faut ajouter une pratique de type Vinyasa par exemple (Yoga flow, Qi-gong, Mouvement neurosensoriel, Taïchi, ...) et un cadre éthique comme vu ci-dessus.

De même, vouloir assujettir l'Ego par le sous-processus Vinyasa est inutile dès lors que nous n'avons pas mis en place une hygiène de vie qui commence par une belle éthique (les 5 attitudes et les 5 observances) et intègre une pratique méditative.

Dernière chose, le Raja Yoga étant une approche spirituelle, lors d'une séquence de postures, de mouvements ou de méditations (Hatha Yoga, Vinyasa ou Samyama), il est important de toujours commencer par ré-ancrer la connexion à plus grand que soi. La pratique n'est pas une simple auto-régulation des circuits énergétiques (nadis), des émotions ou des pensées, c'est avant tout une connexion à plus grand que soi, l'Ame si on veut la nommer ainsi. Il s'agit de cette source créatrice du monde manifesté qui va alimenter notre énergie (prana) et nos pensées durant la pratique.

  • II.23. L'association de l'Ame avec le mental et, de ce fait, avec ce que perçoit le mental, provoque une compréhension de la nature réelle de ce qui est perçu, ainsi que de celui qui perçoit.

Sans cela le risque est de rester en "vase clos" et d'entretenir l'illusion ou l'Ego.

Une façon simple de ré-ancrer cette intention d'être enseigné par notre Ame est, par exemple, avant chaque séquence, de commencer par le "mudra padmé". En faisant ce mouvement de mains qui amène à la position de la fleur de lotus, en conscience, on pose l'intention de se connecter au Grand Tout.

Mudra Padmé

Comment adapter ses asanas au Raja Yoga?

Pour aller encore plus dans la précision, si vous êtes déjà yogi, l'utilisation de postures que vous connaissez déjà va demander la même vigilance et la même adaptation vis-à-vis des consignes des sutras. Toutes les postures proposées par tous les Yogas peuvent convenir à priori en Raja Yoga, à condition de les recontextualiser au but du Raja Yoga et en respectant la consigne:

  • II.46. La posture, asana, adoptée doit être stable et établie dans un "espace heureux".

Comme on aime à le dire en Raja Yoga, le Yoga est fait pour tout le monde, mais toutes les postures ne sont pas faites pour tout le monde. Dans chaque posture ou enchaînement vous devez ne prendre que ce dont vous avez besoin et rien de plus!

  • II.49. Quand la posture correcte a été réalisée, elle est suivie d'une maîtrise correcte de l'énergie vitale - Prana - et d'un processus approprié d'inspiration et expiration du souffle - Pranyama -.

Suivre la respiration pour permettre de savoir si c'est OK pour vous, si la posture est confortable et stable. Pour être dans l'esprit du Raja Yoga, dans une posture vous allez commencer par vous donner la liberté d'observer votre respiration puis votre corps. Savoir si nous avons "la bonne position" est totalement incongru ici, le ressenti prévaut sur la posturologie. Il ne faut jamais se forcer en Raja Yoga, juste on vient à sa limite avec bienveillance et on dépasse alors un tout petit peu sa zone de confort. Comme cette zone dépend de la morphologie de chacun et de son passé corporel, personne d'autre que le pratiquant ne peut savoir s'il est ou non en limite de sa zone de confort. L'écoute de l'intériorité est ici plus importante que de se regarder dans une glace.

Une fois la posture établie dans une espace heureux nous allons porter notre attention sur un endroit du corps:

  • II.50. Les mouvements de la respiration sont l’expire, l'inspire et la transition. En portant l'attention sur l'endroit où se place la respiration, sur son amplitude et son rythme, on obtient un souffle allongé et subtil.

Quand on débute, les postures - asanas - ou les enchaînements fluides - vinyasas - sont justement choisis en fonction de l'endroit du corps où l'on veut placer l'attention. Ainsi la posture permettra de mieux sentir, ressentir l'endroit du corps en relation directe avec une zone qui travaille lors de la respiration. Cette respiration restera "en cohérence cardiaque", c'est-à-dire avec un inspire et un expire égaux à 5 secondes (ou plus) et sans rétention. Plus le pratiquant évolue dans sa pratique, plus il se connaît lui-même et des points d'attention plus sophistiqués deviennent possibles à son esprit et à son corps.

Il est facile de faire un excellent stretching ou Pilate avec comme base le Yoga postural. En revanche, faire une vrai Hatha Yoga au sens premier "harmoniser le solaire (Ha ou Yang) et le lunaire (Tha ou Yin) dans notre corps" va demander de quitter le mode de pensées qui prédomine actuellement et ses déclinaisons: efficacité, action, productivité, objectif physique tangible, ... Il va falloir au minium remettre réellement du Tha, du Yin, du ressenti, du mouvement lent, de la proprioception. C'est un vrai challenge qu'heureusement, de très nombreux enseignants de Hatha ont déjà intégré dans leur cours.

Comment savoir quelle posture est thérapeutique?

Vient le point le plus magique, mystérieux ou ésotérique: comment choisir une asana ou une vinyasa en fonction d'un but, d'un objectif ou d'un sous-objectif? Comme nous l'avons vu, le but du Raja Yoga est l'union avec notre Ame, c'est-à-dire la connaissance sans filtre et sans dualité de la réalité des choses en nous et au-dehors de nous. D'un point de vue pédagogique il est impossible de répondre à ce but en une fois, en une seule pratique ou posture. Aussi, il est courant en pédagogie de décliner l'objectif en sous-objectifs, un procédé en sous-étapes, un concept en sous-axiomes. Patanjali lui-même utilise cette approche pédagogique en présentant sous forme de 8 moyens le Raja Yoga. Ainsi le sous-objectif le plus classique est-il le mieux-être ce qui donne une vocation thérapeutique au choix des pratiques et des postures. La Yoga-thérapie est bien un sous-ensemble du Raja Yoga, et si nous intégrons le côté holistique à la thérapie, nous pouvons dire que le Raja Yoga est thérapeutique, c'est une "thérapie PEMS".

Choisir un ensemble d'asanas ou de vinyasas pour faire travailler toutes les articulations ou toutes les chaînes musculaires est bien loin de l'objectif du Raja Yoga. Il faut donc un outil qui permette de déterminer pour une personne donnée, dans un contexte donné, pour un sous-objectif donné, qu'elles sont les asanas et vinyasas les plus adaptées. La première clef est l'approche symbolique et le premier outil est l'intuition. La relation symbolique entre la problématique et la position du corps peut être évidente. Par exemple, une position du corps en arc arrière comme dans la posture du chameau - Ustrasana ou arc à genoux - peut être mise en relation avec une ouverture du cœur, un engagement sans peur vers l'ouverture. Mais cette relation symbolique peut être moins évidente, voire carrément insoupçonnable. C'est là que l'intuition prend le relais sur le mental. Evidement, cette intuition est claire, précise et efficiente chez les raja-yogi qui sont sur le chemin depuis des décennies. En revanche, au départ, il nous faut un outil d'objectivation du sensible, de l'intuition. Cet outil est la prise de pouls ou Nadi Pariksha (également nommé Nadi Vigyan). Cet outil est enseigné dans le cadre de l'approche de santé ayurvédique depuis le XVIIe siècle, c'est donc dans ce type de formation que l'on peut trouver un enseignement complet du Nadi Pariksha. Toutefois, en Yoga, on a besoin d'un simple biotest. Une réponse de type "Oui" ou "Non" est suffisante pour déterminer si la posture est oui ou non en adéquation avec la personne et sa problématique. Aussi une simple initiation sera donc suffisante, inutile d'aller explorer toutes les possibilités du pouls énergétique.

Biotest du pouls ou Nadi Parksha

La magie de la lecture du pouls réside au-delà des apparences: prendre son propre pouls est à la fois une technique de diagnostic, une thérapie et une pratique spirituelle. En effet comme il s'agit d'une réaction symbiotique du corps, on peut dire des corps PEMS, lorsque nous plaçons nos doigts afin de ressentir le rythme de notre pouls, nous nous mettons en situation d’écouter notre cœur, notre être profond. Cette connexion avec le siège de la pure conscience a été considérée de tout temps en Inde, en Chine, au Tibet ou en Egypte comme une technique spirituelle et une thérapie.

Le livre "Mémento de la Vie anti-stress - Un Yoga personnel"

Une des suites logique de ce livre est le "Mémento de la Vie Anti-stress - Un Yoga personnel et sans instructeur pour en finir avec le stress!" de Pascale et Marc Polizzi disponible dans toutes les librairies et en ligne gratuitement sur ce site. Ce mémento résolument pratique vous propose bien sûr des solutions issues du Raja Yoga ou compatibles. De plus, dans ce livre, toutes les postures et pratiques sont déclinées sous une forme accessible chez soi et sans instructeur. Si vous êtes yogi, vous aurez sûrement dépassé la proposition posturale de base, mais vous découvrirez la zone d'attention de la respiration ainsi qu'une explication symbolique permettant de faire du Yoga-coaching ou du Yoga-thérapie. Vous pourrez ainsi facilement transférer votre compréhension sur d'autres asanas ou vinyasas. Pour chaque asana ou vinyasa du livre, vous avez un exemple de situation issue de la vie de tous les jours et son diagnostic pour comprendre la problématique en jeu. Enfin vous avez une description simple de la pratique.

Thèmes abordés:

Intégrer nos expériences | Mobiliser son énergie | Retrouver de l’optimisme |

Élargir sa vision des choses | Savoir se détendre | Revenir au calme |

Être confortable | Se préparer à une confrontation | Vivre un paradoxe |

Repartir du bon pied | Je m’autorise à me positionner | Déployer son potentiel |

Tenir compte du contexte | Revenir aux choses concrètes | Tenir le Cap |

Sortir des cercles vicieux | Faire la paix avec soi-même | Flexibiliser le mental |

Gérer son impuissance | Trouver l’équilibre action/réflexion | Faire des choix structurants |

Résoudre un problème de doute | Faire preuve de retenue | Réorienter son attitude intérieure |

Accepter le contexte | Aborder sereinement les différences | Avoir l’esprit libre |

Se mouvoir dans la stagnation | Sortir de la comparaison | Acquérir de la constance |

Cultiver la patience | Agir avec ordre | Mon bien-être est mon job |

Mémento de la Vie anti-stress

C'est la première fois que ce travail d'adaptation et de recontextualisation est fait, et grâce à ce mémento de vie pratique, vous trouverez rapidement une solution yoga à des situations de stress physique, émotionnel, mental ou métaphysique (spirituel). En vous appuyant sur votre propre expérience et le biotest du pouls, vous pourrez facilement étendre les propositions du livre à votre façon de pratiquer et d'enseigner le Yoga tout en intégrant la dimension Raja Yoga.

NB: Nous avons fait le choix de ne pas mettre d'accent sur les translittérations indiennes. Ces accents aident à la prononciation que vous retrouverez, ainsi que les accents, sur Tilakpyle.com